Les troubles bipolaires sont connus pour leurs variations extrêmes de l’humeur, alternant épisodes de manie (ou hypomanie) et de dépression. Mais au-delà des émotions, ces fluctuations impactent aussi les fonctions cognitives, et en particulier l’attention.
Selon la phase traversée, les capacités attentionnelles peuvent être exacerbées ou profondément altérées, influençant la productivité, la prise de décision et la stabilité mentale. Comprendre ces fluctuations attentionnelles est essentiel pour mieux accompagner les personnes concernées et adapter les interventions cognitives et thérapeutiques.
🔁 Bipolarité et instabilité cognitive
Le trouble bipolaire se caractérise par :
- Des phases maniaques : accélération de la pensée, excitation, impulsivité, sentiment de toute-puissance
- Des phases dépressives : lenteur mentale, perte d’énergie, tristesse, ruminations
- Des périodes intercritiques (stabilité apparente), mais où persistent souvent des troubles cognitifs discrets
🧠 Fluctuations de l’attention selon les phases
🔺 Phase maniaque ou hypomaniaque
- Attention distraite : le sujet saute d’une idée à l’autre sans pouvoir se fixer
- Surcharge cognitive : pensées multiples, associations rapides, discours désorganisé
- Faible contrôle inhibiteur : l’attention est facilement détournée par des stimuli externes ou internes
Conséquence : productivité superficielle, erreurs, décisions impulsives
🔻 Phase dépressive
- Lenteur cognitive : l’attention est ralentie, la mémoire de travail affaiblie
- Difficulté à initier ou maintenir une tâche
- Attention captée par des ruminations négatives
Conséquence : procrastination, fatigue mentale, isolement social
⚖️ Phase euthymique (stabilité de l’humeur)
- Apparence de fonctionnement « normal »
- Mais des études montrent la persistance de troubles cognitifs résiduels, notamment au niveau de l’attention soutenue et de la flexibilité mentale
🔬 Ce que disent les études scientifiques
✅ Martínez-Arán et al. (2004) : même en phase euthymique, les personnes bipolaires présentent une diminution de l’attention soutenue par rapport aux sujets contrôles.
✅ Malhi et al. (2007) : l’hyperactivité attentionnelle observée en phase maniaque est associée à une activation excessive du cortex préfrontal médian.
✅ Dickerson et al. (2004) : les troubles de l’attention dans la bipolarité sont comparables, à certains égards, à ceux du TDAH adulte.
✅ Bourne et al. (2013) : les troubles cognitifs (dont attentionnels) persistent dans plus de 40 % des cas, indépendamment de l’humeur actuelle.
🧭 Conséquences dans la vie quotidienne
- Difficulté à suivre des conversations longues ou complexes
- Passages brusques d’hyperactivité à apathie
- Sautes d’attention lors des tâches professionnelles ou scolaires
- Difficultés d’organisation, oublis fréquents
- Sentiment d’« être partout et nulle part » selon la phase traversée
- Retentissement sur les relations et la confiance en soi
🌱 Stratégies d’adaptation et de soutien cognitif
✔️ Stabilisation médicamenteuse : une régulation efficace de l’humeur est la base d’un fonctionnement cognitif plus stable
✔️ Entraînement attentionnel : exercices ciblés de mémoire de travail, d’attention sélective ou de concentration
✔️ Méditation de pleine conscience : pour réduire les intrusions mentales et recentrer l’attention
✔️ Organisation externe : emploi du temps structuré, rappels visuels, routines stables
✔️ Reconnaissance des signes précoces de dérèglement attentionnel : pour ajuster les efforts et éviter la surcharge
🌟 Conclusion
Les troubles bipolaires n’altèrent pas seulement l’humeur : ils affectent profondément l’équilibre attentionnel, avec des phases d’hyperfocalisation inefficace ou de distraction paralysante. Ces fluctuations cognitives, souvent invisibles aux yeux des autres, représentent un défi au quotidien. Mais avec une prise en charge adaptée, il est possible de reconstruire une attention plus stable, plus consciente, et plus maîtrisée.
💡 Apprivoiser les cycles, c’est retrouver la clarté.
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