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Un comportement agité… qui cache autre chose

Certains enfants semblent constamment en mouvement : ils s’agitent, interpellent, provoquent, rient trop fort, ou se fâchent sans raison.
Derrière cette apparente exubérance, il y a parfois un mal-être silencieux, une souffrance émotionnelle mal exprimée, enfouie sous l’agitation.

Chez certains enfants hypersensibles ou ayant vécu un traumatisme, le corps devient le canal privilégié de l’expression émotionnelle. L’agitation n’est pas là pour gêner, ni pour manipuler.
Elle est là pour survivre, pour contenir une douleur que l’enfant ne sait pas dire autrement.


Pourquoi la souffrance peut se traduire en agitation

🌪️ 1. L’émotion déborde et déborde encore

Un enfant hypersensible ressent tout avec intensité : les bruits, les mots, les émotions des autres, les frustrations les plus légères.
Ce flot sensoriel et émotionnel devient difficile à réguler.
Résultat : le corps s’emballe, pour tenter de s’ancrer, de ne pas se noyer.

🧠 2. Le cerveau en mode alerte

Chez les enfants traumatisés (ex. : violences, séparation brutale, insécurité précoce), le système de défense reste activé en continu.
L’enfant vit dans une hypervigilance constante : il sursaute, observe tout, réagit avec excès, même face à des stimuli mineurs.
L’agitation devient alors une forme de protection ou d’anticipation du danger.

🫥 3. Mieux vaut agiter que pleurer (quand on ne peut pas dire)

Certains enfants ont intégré (souvent inconsciemment) que montrer sa souffrance émotionnelle est risqué ou inefficace.
Ils ont donc appris à détourner ce ressenti par :

  • Des comportements “remarquables” (bouger, se faire remarquer)
  • Des gestes brusques, bruyants ou envahissants
  • Un repli dans l’agitation plutôt qu’une parole sur le chagrin

Signes que l’agitation pourrait cacher une souffrance profonde

L’agitation est d’autant plus suspecte quand :

  • Elle s’intensifie en contexte de stress émotionnel ou relationnel
  • Elle coexiste avec des moments de grande fragilité émotionnelle (pleurs fréquents, fatigue soudaine, retrait)
  • L’enfant montre des variations extrêmes d’humeur (exaltation / effondrement)
  • Il a des difficultés à s’endormir, des cauchemars récurrents, ou une peur du silence
  • Il présente des symptômes corporels sans cause médicale claire (maux de ventre, crispations, douleurs diffuses)

Ces signaux ne veulent pas dire que l’enfant a subi un traumatisme grave, mais qu’il vit une tension interne non intégrée, souvent en lien avec un excès de sensibilité ou une blessure émotionnelle passée.


Témoignage fictif : Leyla, 7 ans

“Leyla ne tient pas en place. Elle dérange, coupe la parole, touche tout. Mais quand elle est seule, elle devient silencieuse. Elle évite le regard. Elle dit souvent : ‘Je suis méchante’. On a appris qu’elle avait vécu un départ soudain de sa maman biologique à 3 ans. Son agitation, c’était une manière de dire : ‘J’existe encore, regardez-moi.’”


Ce que les enfants ne disent pas mais montrent

Voici quelques exemples de phrases que l’enfant ne dira pas, mais que son corps et ses actes peuvent traduire :

  • “Je me sens débordé de l’intérieur.” → il court, saute, crie
  • “J’ai peur qu’on m’oublie.” → il cherche l’attention par des gestes forts
  • “J’ai l’impression d’être de trop.” → il devient “le vilain”, “le bruyant”, “le désorganisé”
  • “Je ne sais plus où je suis en sécurité.” → il est instable, impulsif, hyperactif
  • “Je voudrais pleurer, mais je ne peux pas.” → il devient agité, agresseur ou ironique

Dans tous ces cas, l’agitation est un masque. Et sous le masque, un appel.


Comment réagir avec un enfant dont l’agitation masque une souffrance

1. Chercher le sens, pas seulement la forme

Plutôt que de penser “cet enfant dérange”, on peut se demander :

“Que veut-il me dire ? Que cherche-t-il à éviter ? À exprimer ?”
Ce changement de regard transforme la posture éducative en accueil plutôt qu’en correction.

2. Offrir un cadre contenant, sans être punitif

Les enfants blessés ont besoin de règles… mais surtout de constance, de bienveillance et de réassurance.
Un cadre calme, répétitif, explicite leur permet de relâcher leur vigilance, et donc leur agitation.

3. Observer les moments clés

À quels moments surgit l’agitation ?

  • Après une séparation ?
  • En présence de certaines figures ?
  • Lorsqu’un sujet sensible est évoqué ?

Ces indices sont précieux pour reconstruire le puzzle émotionnel intérieur de l’enfant.

4. Nommer, valider, proposer

Même si l’enfant ne parle pas, l’adulte peut lui offrir des mots :

“Tu sembles très agité, j’ai l’impression que c’est difficile à l’intérieur.”
“Parfois, quand on a mal, on s’agite beaucoup pour ne pas sentir.”

Puis proposer un chemin de retour au calme : un coin de repli, un dessin, un massage, une histoire, un câlin.

5. Proposer un accompagnement adapté si besoin

Si l’agitation masque une histoire de souffrance plus complexe, il est essentiel de ne pas rester seul·e.
Un accompagnement par un psychologue, un psychomotricien, un thérapeute formé au trauma infantile peut aider l’enfant à trouver des modes d’expression moins désorganisants.


Conclusion : Voir au-delà du mouvement

Certains enfants courent, crient, dérangent… mais ce ne sont pas les gestes qui parlent le plus fort.
C’est ce qu’ils cachent.

Et si on prend le temps de regarder autrement, on découvre que sous l’agitation, il y a souvent un cœur fragile, une peur nichée, une émotion figée.

Offrir à ces enfants un espace sûr, c’est leur permettre de retirer leur armure de gestes, pour enfin exister, pleurer, parler, et peut-être un jour… s’apaiser.

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