Fuir les engagements. Reporter sans fin. Éviter de choisir ou de porter. Derrière ces comportements qui peuvent sembler passagers ou même immatures, se cache parfois une réalité plus profonde : une véritable phobie des responsabilités, où chaque décision, chaque devoir ou attente devient une source d’angoisse paralysante.
Ce phénomène touche aussi bien les jeunes adultes que les personnes expérimentées, parfois très compétentes, mais incapables de soutenir le poids mental ou émotionnel associé à la responsabilité. De quoi parle-t-on exactement ?
Une peur difficile à nommer
Refuser un poste à responsabilité, éviter les démarches administratives, repousser une parentalité désirée, ne pas oser adopter un animal, voire… rester dans l’indécision chronique : tous ces comportements peuvent relever d’un même mécanisme.
La phobie des responsabilités, ou hypengyophobie, bien que peu utilisée comme terme clinique, regroupe un ensemble d’évitements liés à :
- la peur de devoir gérer des conséquences,
- la peur de mal faire ou d’échouer,
- la peur d’être seul face aux enjeux,
- la peur de devoir « tenir » dans la durée.
Quand l’angoisse prend le pas sur le choix
Dans de nombreux cas, ce n’est pas un manque d’envie ou d’ambition, mais bien un trop-plein émotionnel anticipé qui bloque le passage à l’action. Cela peut concerner :
- un nouveau poste ou une promotion,
- une décision importante pour la famille ou le couple,
- la gestion d’un projet ou d’un budget,
- la prise en charge d’un proche,
- ou même des gestes simples comme remplir un formulaire ou faire une déclaration.
La peur ne se focalise pas sur la tâche en soi, mais sur tout ce qu’elle implique : pression, jugement, attentes, obligations.
Des origines complexes
• Un perfectionnisme internalisé
La responsabilité est vécue comme une obligation de perfection. Il ne faut surtout pas se tromper, sous peine d’être jugé ou de provoquer des conséquences dramatiques.
• L’héritage d’une enfance parentifiée
Certaines personnes ont dû « prendre trop tôt » des responsabilités dans leur famille, souvent sans soutien émotionnel. À l’âge adulte, cela crée une saturation ou une révolte inconsciente.
• La peur de la perte de liberté
Être responsable, c’est être lié, engagé, parfois enfermé dans un rôle. Pour certains profils anxieux ou en quête d’indépendance, cette idée est anxiogène.
• Le sentiment d’imposture
Comme dans d’autres phobies liées à l’action, le doute de soi nourrit la fuite : « Je ne suis pas à la hauteur. Mieux vaut ne pas commencer. »
• Une anxiété diffuse ou masquée
La responsabilité agit ici comme un déclencheur ou amplificateur d’une anxiété latente. Le moindre engagement devient un danger potentiel, que le cerveau apprend à éviter systématiquement.
Ce que montre la recherche
Dans les approches cognitivo-comportementales, la peur de la responsabilité est liée à un biais de catastrophisation : les personnes surestiment les risques et sous-estiment leurs capacités. Elles vivent l’engagement comme un piège, et la liberté comme le seul espace sécurisé.
Des recherches en psychologie sociale soulignent également que les cultures valorisant l’hyper-compétence ou le succès individuel renforcent cette peur : être responsable, c’est porter seul le fardeau de la réussite ou de l’échec.
Conséquences silencieuses mais profondes
Les personnes souffrant de phobie des responsabilités :
- s’auto-sabotent dans leur parcours (ex : refuser une opportunité),
- deviennent très dépendantes de l’avis ou des choix des autres,
- peuvent entrer dans des cycles de procrastination chronique,
- ou vivre dans un flou identitaire, fuyant toute stabilisation.
Avec le temps, cela peut créer de la culpabilité, de la honte, un sentiment d’échec diffus, voire un isolement affectif ou professionnel.
Comment sortir de cette spirale ?
1. Revoir la définition de la responsabilité
Être responsable ne veut pas dire être parfait ou tout contrôler. C’est accepter de gérer au mieux, en fonction de ses moyens, avec la possibilité de demander de l’aide.
2. Identifier les responsabilités fantômes
Certains engagements qu’on redoute n’existent que dans notre tête. Il est essentiel de faire la part entre les peurs réelles et les projections mentales.
3. Avancer par micro-engagements
Plutôt que de prendre « une grande décision », commencer par une tâche claire, limitée, concrète, pour regagner confiance.
4. Travailler sur le droit à l’erreur
Accepter d’échouer, de corriger, de réajuster. Cela s’apprend, notamment par des exercices d’exposition en thérapie comportementale.
5. Interroger l’histoire personnelle
Un accompagnement psychothérapeutique peut aider à comprendre l’origine de cette peur (éducation, trauma, modèle parental…) et à réécrire son rapport au choix et à l’engagement.
Quelques pistes d’auto-réflexion
- Qu’est-ce que j’associe inconsciemment à la responsabilité ?
- De quoi ai-je peur exactement : de l’échec, du regard des autres, de moi-même ?
- Est-ce que j’ai déjà porté une responsabilité avec succès dans le passé ?
- Puis-je fractionner cet engagement pour le rendre plus accessible ?
Conclusion : Responsabilités choisies, non subies
La phobie des responsabilités ne signifie pas qu’on est incapable ou paresseux. Elle révèle un besoin de sécurité intérieure, de validation, de temps. En travaillant sur cette peur, on ouvre la voie à des engagements plus libres, plus conscients, plus sereins.
Et si, au lieu de fuir les responsabilités, on apprenait à les apprivoiser, à les redéfinir à notre manière ?
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