Participer à une activité collective, c’est s’ouvrir aux autres, coopérer, se montrer, parfois se comparer. Pour certains, cela semble naturel, voire agréable. Mais pour d’autres, l’idée même de rejoindre un groupe génère un mélange de panique, de honte et de retrait immédiat. Que ce soit un atelier, une réunion, un cours de sport ou une activité associative, la peur s’installe… et l’évitement devient la règle.
Ce phénomène, discret mais fréquent, s’inscrit dans la phobie liée à l’activité, et plus spécifiquement dans le rapport à l’exposition sociale, la peur de l’interaction ou encore la crainte d’être pris dans une dynamique de groupe jugée menaçante.
Ce que ressent une personne face au groupe
La phobie de l’activité collective ne se manifeste pas seulement par un refus catégorique. Elle peut prendre des formes subtiles :
- On s’inscrit, mais on annule à la dernière minute.
- On observe, mais on ne parle pas.
- On reste « en marge » physiquement, symboliquement.
- On fuit après la première séance, ou on ne revient jamais.
- On ressent une tension physique rien qu’à l’idée d’y aller : nausée, palpitations, sueurs.
Souvent, la personne se juge sévèrement : elle se trouve « asociale », « bizarre », « incapable ». Mais il ne s’agit pas d’un manque de volonté. C’est un mécanisme de défense contre un danger perçu.
Pourquoi le collectif fait-il si peur ?
• Peur du regard de l’autre
En groupe, on se sent vu. Même si personne ne nous regarde vraiment, l’esprit anticipe critiques, moqueries, jugements silencieux. Cela devient insupportable.
• Comparaison et dévalorisation
Dans un cadre collectif, les performances, les attitudes, les vêtements… tout peut devenir source de comparaison anxieuse. On se sent moins bien, moins à sa place.
• Peur de ne pas savoir quoi faire
Ne pas comprendre les consignes, ne pas être « dans le bon rythme », déranger… Ces craintes alimentent la peur de gêner ou d’être un fardeau.
• Expériences passées négatives
Une humiliation scolaire, un rejet dans l’enfance, un harcèlement peuvent ancrer une méfiance profonde vis-à-vis des groupes. La mémoire émotionnelle ne pardonne pas.
• Crainte de perdre sa liberté
Certaines personnes vivent l’appartenance comme une contrainte : peur d’être engagé, d’avoir des attentes à satisfaire, de devoir « jouer un rôle ».
Quand la peur devient phobie
Ce type de phobie sociale s’installe lorsque :
- la personne évite systématiquement toute activité collective,
- elle souffre de solitude mais n’arrive pas à franchir le pas,
- le simple fait de penser à rejoindre un groupe déclenche une anxiété importante,
- des retards, absences, ou justifications multiples masquent un vrai blocage émotionnel.
Cette phobie peut concerner :
- les activités sportives ou artistiques,
- les réunions professionnelles ou associatives,
- les fêtes, sorties, ou rencontres conviviales,
- les groupes d’entraide ou de soins.
Ce que dit la psychologie
La phobie des activités collectives peut être reliée à :
- l’anxiété sociale (DSM-5),
- des troubles d’attachement évitant ou anxieux,
- un traumatisme d’exposition ou de rejet,
- une hyper-conscience de soi (self-awareness élevée),
- un besoin de contrôle élevé, difficile à maintenir en situation sociale fluide.
Selon Clark & Wells (1995), l’anticipation anxieuse est souvent plus forte que la situation elle-même. Le cerveau imagine tous les scénarios gênants, et l’évitement vient court-circuiter toute possibilité d’expérimentation.
Les conséquences invisibles
- Isolement progressif, malgré un besoin d’interaction.
- Manque d’estime de soi, renforcé par la croyance « je ne suis pas fait pour les autres ».
- Opportunités manquées : formations, loisirs, projets professionnels.
- Difficultés à créer du lien, au travail ou dans la vie personnelle.
Comment dépasser cette peur ?
1. Commencer par des formats très petits
Rejoindre un duo ou un trio avant un groupe. Participer en tant qu’observateur. Trouver un sas d’entrée vers la vie collective.
2. Choisir des contextes bienveillants
Préférer les groupes non-compétitifs, sans obligation de performance (ex : ateliers créatifs libres, cercles de parole, randonnées douces…).
3. S’autoriser à ne pas parler, à juste être là
Donner le droit d’être silencieux, en retrait, mais présent. Le simple fait d’être là est déjà un acte thérapeutique.
4. Travailler l’anxiété anticipatoire
Repérer les pensées parasites avant l’activité : « je vais me ridiculiser », « tout le monde va me regarder ». Les noter, les déconstruire. Ce sont des pensées, pas des faits.
5. Faire appel à un professionnel
Une thérapie cognitivo-comportementale (TCC), une thérapie d’exposition ou un accompagnement en groupe (ironique, mais efficace) peut aider à transformer peu à peu ce rapport au collectif.
Questions utiles à explorer
- Que s’est-il passé la dernière fois que j’ai essayé une activité de groupe ?
- De quoi ai-je vraiment peur : de l’autre, de moi, du jugement ?
- Quelle activité me fait envie, malgré la peur ?
- Est-ce que je peux y aller juste une fois, sans engagement ?
Conclusion : Le groupe n’est pas une épreuve, c’est une chance
La phobie de l’activité collective ne dit pas qu’on n’aime pas les autres, mais qu’on a été blessé, ou qu’on doute profondément de soi. C’est une peur de se montrer vulnérable, imparfait, humain.
Et pourtant, c’est justement dans des cadres bienveillants, progressifs, sécurisés, qu’on peut réapprendre à faire partie du monde. À son rythme. À sa façon.
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