“Et si je me trompe ? Et si je dis une bêtise ? Et si tout le monde me regarde, me juge, me ridiculise ?” Ces pensées tournent en boucle dans l’esprit de nombreuses personnes confrontées à une situation de prise de parole ou d’action en public. La peur de faire une erreur devant les autres est une forme fréquente – mais souvent silencieuse – de phobie de performance. Elle touche des élèves, des professionnels, des parents, des enseignants, des orateurs… et peut devenir si envahissante qu’elle bloque toute forme d’expression spontanée.
Quand la peur de l’erreur dépasse la simple gêne
Faire une erreur est humain. Mais pour certaines personnes, l’idée même d’une erreur publique déclenche un état de panique. La peur de rater devient plus forte que l’envie de participer.
Elle se manifeste par :
- Une inhibition totale à l’idée de répondre à une question ou de s’exprimer devant d’autres
- Une hypervigilance permanente à ses moindres mots, gestes ou formulations
- Des pensées auto-dévalorisantes : “je suis nul·le”, “je ne suis pas à la hauteur”
- Une tendance à l’évitement : ne plus prendre la parole, ne pas participer à certaines réunions ou formations, refuser de se montrer
- Des manifestations corporelles : bouche sèche, cœur qui s’emballe, trous de mémoire, rougeurs, tremblements
Des contextes variés, une angoisse centrale
- L’école ou l’université (peur de se tromper à l’oral, au tableau, en devoir)
- Le travail (peur de poser une question, de faire une suggestion, de présenter un projet)
- La sphère familiale (ne pas oser exprimer son désaccord ou son opinion)
- Les interactions sociales informelles (peur de dire une bêtise, d’être mal compris)
Dans tous les cas, l’erreur devient un enjeu identitaire : se tromper ne signifie pas simplement avoir eu tort, mais “être mauvais”, “n’avoir aucune valeur”.
D’où vient cette peur ?
1. L’éducation et les normes d’excellence
Dans certains parcours scolaires ou familiaux, l’erreur est stigmatisée, punie, moquée. L’enfant grandit alors avec l’idée que l’erreur est inacceptable, honteuse, qu’il faut l’éviter à tout prix.
2. Le perfectionnisme
Le perfectionnisme rigide pousse à croire que la moindre faille est inacceptable. Cela empêche l’apprentissage naturel par l’essai et l’erreur.
3. Le regard des autres
L’idée d’être observé ou évalué crée une pression de conformité, amplifiée chez les personnes ayant une estime de soi fragile ou des antécédents de moqueries ou de rejet.
4. Le traumatisme d’une erreur passée
Une mauvaise expérience (blanc à l’oral, remarque humiliante, rire moqueur) peut marquer durablement, surtout si elle a été vécue sans soutien émotionnel.
Les conséquences au quotidien
- Auto-censure constante
- Blocage dans les apprentissages (on n’ose plus essayer, poser des questions)
- Surcharge mentale (contrôle permanent de ses mots, gestes, postures)
- Évitement des prises de parole ou de responsabilités
- Risque de burn-out dans les environnements professionnels exigeants
Cette phobie peut freiner des carrières, brider des talents, éloigner de relations profondes. Elle agit comme une prison intérieure, avec des barreaux faits de honte, de peur et de silence.
Ce que dit la psychologie
Selon les approches cognitivo-comportementales (TCC), la peur de l’erreur repose sur une croyance irrationnelle : “Si je me trompe, je serai rejeté·e, moqué·e ou disqualifié·e.”
Ces croyances, héritées de l’enfance ou renforcées par des expériences, façonnent une vigilance extrême et un évitement. Elles bloquent la spontanéité, l’apprentissage, la souplesse mentale.
Reprendre le pouvoir sur l’erreur
💬 1. Déconstruire les mythes
Se rappeler que tout le monde se trompe, même les experts. Les erreurs sont des étapes nécessaires, pas des preuves d’échec.
🎯 2. Apprendre à faire des erreurs “sûres”
Dans un cadre bienveillant, s’exercer à oser se tromper volontairement (répondre sans être sûr·e, improviser, faire une petite erreur). L’objectif n’est pas d’être parfait, mais d’apprendre à tolérer l’imperfection.
🧘♀️ 3. Travailler sur l’acceptation de soi
Renforcer l’estime personnelle permet de distinguer l’acte de la personne : on peut se tromper sans être “nul·le”.
🧠 4. Restructurer les pensées
Transformer : “Si je me trompe, c’est la honte” en “Je me donne le droit d’essayer et d’apprendre.” Des thérapies comme les TCC ou l’ACT (thérapie d’acceptation et d’engagement) peuvent aider.
🤝 5. Cultiver la bienveillance collective
Promouvoir une culture de l’essai, de la créativité et de l’imperfection dans les milieux scolaires, professionnels et familiaux permet de désamorcer cette phobie.
Oser rater pour mieux réussir
La peur de se tromper en public est une peur d’être vu·e dans sa vulnérabilité. Mais c’est aussi, en creux, un désir profond d’être accepté·e tel·le qu’on est, avec ses hésitations, ses élans, ses doutes.
Se libérer de cette phobie, c’est reprendre le droit d’apprendre, d’exister, de s’exprimer — même imparfaitement. C’est retrouver la joie d’essayer, sans se juger à chaque pas.
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