Monter sur scène. Jouer un rôle. Parler, chanter ou danser devant un public. Pour beaucoup, ces moments représentent un défi stimulant, une chance de s’exprimer. Pour d’autres, ils sont une source d’angoisse intense, un vertige émotionnel, parfois une épreuve insurmontable. La peur de se produire sur scène est bien plus qu’un simple trac. Lorsqu’elle devient envahissante, elle prend la forme d’une véritable phobie de performance.
Une peur ancestrale et contemporaine
Depuis toujours, l’humain redoute le jugement du groupe. Être observé, évalué, peut activer en nous des peurs primaires d’exclusion ou de rejet. Sur scène, nous sommes vulnérables, visibles, exposés. Cette peur est donc profondément enracinée.
Mais dans nos sociétés modernes, l’enjeu s’est amplifié : performance, excellence, image de soi, autant de pressions qui rendent la scène parfois terrifiante.
Trac ou phobie de la scène ?
Le trac est courant et même bénéfique. Il provoque une montée d’adrénaline qui prépare à l’action.
La phobie, en revanche, paralyse. Elle se manifeste par :
- Une peur intense à l’idée de se produire devant un public
- Des symptômes physiques marqués : tremblements, nausées, sueurs, bouche sèche, tachycardie
- Des pensées catastrophiques : “je vais oublier mon texte”, “tout le monde va se moquer”, “je vais perdre mes moyens”
- Des comportements d’évitement : refuser de monter sur scène, simuler une maladie, abandonner une activité artistique
Les profils concernés
La peur de la scène peut toucher :
- Des artistes débutants ou expérimentés
- Des élèves en cours de théâtre ou en école
- Des orateurs professionnels
- Des personnes appelées à parler ou à se présenter devant un public
Même des comédiens célèbres ont témoigné de leur trac paralysant ou de crises de panique en coulisses.
Les origines psychologiques
1. La peur d’être jugé
Sur scène, on se sent scruté, évalué, comparé. L’imaginaire s’emballe : “Et si je faisais une erreur ?”, “Et si ma voix tremblait ?”
2. Une exigence de perfection
Beaucoup redoutent de ne pas être à la hauteur. Le moindre écart entre ce qu’ils imaginent devoir faire et ce qu’ils réalisent crée de la honte.
3. Des expériences humiliantes passées
Une présentation ratée à l’école, des moqueries, un blanc total en public… Ces souvenirs peuvent nourrir une anticipation anxieuse durable.
4. Une faible tolérance à l’imprévu
Sur scène, rien n’est totalement prévisible. Pour les personnes ayant besoin de tout contrôler, cela génère un stress intense.
L’impact sur la vie personnelle et artistique
- Renoncement à des projets créatifs ou professionnels
- Auto-sabotage : ne pas se préparer, se cacher, minimiser ses compétences
- Blocages corporels : voix figée, respiration coupée, mémoire défaillante
- Perte de confiance en soi
- Sentiment d’injustice : “J’ai tant de choses à dire, mais je ne peux pas”
Cette peur empêche souvent l’épanouissement personnel, la reconnaissance de son talent, la connexion à l’autre.
Des pistes pour surmonter cette peur
🧘♀️ 1. Travailler sur le corps
Respiration, ancrage, détente musculaire. Le corps est le premier allié de la scène. Le reconnecter, le sécuriser, l’apprivoiser est essentiel.
🎭 2. Pratiquer dans un cadre bienveillant
Un atelier de théâtre amateur, une chorale, un groupe de parole… Les environnements tolérants permettent de s’exposer sans pression.
🎤 3. Commencer petit
Lire un poème à voix haute devant une personne de confiance, jouer une scène face caméra, faire une mini présentation dans un cercle intime. L’exposition graduée diminue la charge anxieuse.
🧠 4. Restructurer les pensées
Transformer : “Je vais me ridiculiser” en “Je vais vivre un moment d’expression, même imparfait”. Les TCC peuvent aider à remplacer les pensées paralysantes par des pensées soutenantes.
🤝 5. Se faire accompagner
Un psychologue, un coach vocal ou scénique, ou un thérapeute en art-thérapie peut aider à faire de cette peur un tremplin plutôt qu’un obstacle.
Revenir à l’essence de la scène
La scène n’est pas un lieu de jugement. C’est un espace d’expression, de lien, d’émotion. Ce n’est pas la perfection qui touche, mais la sincérité. Chaque frisson, chaque tremblement, chaque hésitation peut devenir une porte vers la sensibilité partagée.
Surmonter la peur de se produire sur scène, c’est retrouver sa voix, son corps, sa présence. C’est oser exister devant les autres… sans s’effacer.
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