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Depuis la généralisation des visioconférences, une nouvelle forme d’anxiété sociale s’est imposée dans nos vies connectées : la peur de se montrer à l’écran. Ce malaise croissant, longtemps silencieux, touche des personnes de tout âge et de tout milieu. Il ne s’agit pas seulement de timidité ou de gêne passagère : pour beaucoup, apparaître face caméra, même quelques secondes, déclenche une anxiété intense, parfois proche de la panique. Décryptage d’une phobie contemporaine, nourrie par l’image, la comparaison et le regard numérique.


Une phobie en plein essor

La pandémie de COVID-19 et l’explosion du télétravail ont normalisé les échanges en visio, tout en exposant brutalement les individus à une nouvelle forme de visibilité : leur propre image, en direct, dans un cadre parfois intime.

Pour certaines personnes, cela déclenche :

  • Une hypervigilance sur leur apparence
  • Un inconfort permanent à l’idée d’être observé·e
  • Une tension physique durant toute la réunion
  • Des pensées anxiogènes du type “Je fais des grimaces”, “On va voir que je suis mal à l’aise”, “Je ne contrôle pas ce qu’on voit de moi”

Des manifestations variées

  • Refus d’activer la caméra en réunion ou en cours
  • Positionnement hors champ ou cadrage volontairement défavorable
  • Masquage de son propre retour vidéo pour éviter de se voir
  • Surcontrôle de son environnement (fond, lumière, posture, expressions)
  • Fatigue accrue et tension corporelle après chaque visio

Certains ressentent même un “effet miroir” constant, les forçant à observer leur propre visage tout au long de l’échange, ce qui amplifie la dissociation et le jugement de soi.


Les racines du malaise

1. Le regard numérique comme miroir amplifié

En visio, on voit sa propre image en temps réel, ce qui crée un décalage. On se regarde vivre au lieu d’être simplement présent·e. Cela active des circuits d’auto-évaluation très critiques.

2. L’hyper-conscience de soi

La caméra génère une présence scénique permanente. On se demande comment on est perçu·e, ce que reflète notre visage, si nos expressions sont convenables.

3. La pression de la performance sociale

En réunion ou en cours, on se sent exposé·e à un groupe, sans possibilité de fuir physiquement. La peur de mal faire, de ne pas être “pro”, de paraître fatigué·e ou confus·e est majorée.

4. Des antécédents personnels

Certaines personnes ayant une mauvaise estime d’elles-mêmes, des expériences de moquerie ou un trouble de l’image corporelle vivent la caméra comme une menace directe.


Une souffrance encore minimisée

Dans le monde professionnel ou académique, refuser d’allumer sa caméra peut être vu comme un manque d’implication. Pourtant, derrière ce comportement se cache parfois une souffrance réelle, faite d’anxiété, de honte ou d’un besoin de se protéger.

Ce que vit la personne :

  • “Je vais rougir, transpirer, trembler… et tout se verra”
  • “Je me sens laid·e, fatigué·e, flou·e”
  • “Je déteste me voir, je me critique sans cesse”
  • “J’ai l’impression de devoir jouer un rôle pendant toute la réunion”

Ce que dit la psychologie

La peur de la caméra s’inscrit dans les phobies sociales spécifiques. Elle est accentuée par les normes sociales actuelles, très centrées sur l’image, la représentation de soi, et la comparaison.

Elle peut aussi révéler :

  • Une hypersensibilité au jugement
  • Une perception altérée de soi-même
  • Un besoin de contrôle très élevé
  • Une peur de l’imprévu ou de la spontanéité

Comment alléger cette peur ?

🧠 1. Comprendre que c’est courant

Des millions de personnes ressentent un inconfort similaire. Ce n’est ni un signe de faiblesse ni une anomalie.

🎯 2. Réguler sa propre exposition

Il est possible de désactiver l’auto-aperçu, de ne pas se voir pendant l’appel, ou de choisir des visios où la caméra est facultative.

🧘 3. Travailler l’acceptation de soi à l’écran

S’exercer à se voir en vidéo dans un cadre privé et bienveillant peut aider à apprivoiser sa propre image sans jugement.

💡 4. Apprendre à se détacher du contrôle total

Accepter qu’on ne peut pas tout maîtriser : un cheveu de travers, une lumière étrange, une mimique inattendue… Et que ce n’est pas grave.

🗣️ 5. En parler

Exprimer son inconfort à un collègue, un proche ou un responsable peut éviter les malentendus et générer de la compréhension.

🤝 6. Envisager un accompagnement

Une thérapie centrée sur l’anxiété sociale, l’estime de soi ou l’exposition progressive peut donner des outils durables.


Reprendre sa place sans s’effacer

Se montrer à l’écran, c’est accepter d’exister visiblement, avec ses imperfections, sa fatigue, son naturel. La peur de la visio n’est pas une faiblesse : c’est un signal, un appel à s’écouter, à se respecter et à retrouver un regard plus doux sur soi.

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