“Il ne mange que bio.”
“Elle pèse tout ce qu’elle mange.”
“C’est pour la santé.”
À première vue, cela semble admirable. Mais parfois, le désir de “bien manger” devient une cage.
Une obsession. Une source d’angoisse. Un juge intérieur constant.
C’est ce qu’on appelle l’orthorexie : un trouble alimentaire encore peu reconnu, mais de plus en plus fréquent.
Et derrière cette recherche du “pur” se cache un mal-être profond, souvent invisible.
Qu’est-ce que l’orthorexie ?
Il ne s’agit pas d’un simple intérêt pour la nutrition.
Mais d’une obsession pathologique pour une alimentation perçue comme “parfaite” ou “propre”, qui entraîne :
- Une anxiété intense à l’idée de consommer un aliment “interdit”
- Une planification excessive des repas, des achats, des apports
- Une réduction drastique des aliments jugés “impurs”, “toxiques” ou “inutiles”
- Une rigidité sociale, pouvant aller jusqu’à l’isolement
Ce n’est plus manger sainement. C’est vivre sous la pression permanente d’un idéal alimentaire.
À quoi reconnaît-on une orthorexie ?
- Peur de manger à l’extérieur ou chez les autres
- Lecture compulsive des étiquettes, calcul des nutriments
- Liste d’aliments bannis de plus en plus longue
- Sentiment de pureté ou de supériorité morale en fonction de ce qu’on mange
- Sentiment de honte ou de panique en cas d’écart
- Vie sociale réduite au nom de “choix sains”
Le plaisir disparaît. La nourriture devient une épreuve, un examen, un dogme.
Ce que l’orthorexie vient souvent cacher
- Un besoin de contrôle intense, souvent lié à des peurs diffuses (maladie, vieillissement, imperfection)
- Une angoisse face à l’incertitude, compensée par des règles strictes
- Une estime de soi fragile, qui se construit autour d’un comportement maîtrisé
- Une difficulté à accueillir le plaisir, la spontanéité, le lâcher-prise
Ce n’est pas une passion pour la nutrition. C’est une tentative de tenir debout psychiquement.
Pourquoi c’est socialement valorisé… et donc invisibilisé
Dans une société où :
- Le culte du corps sain est omniprésent
- La peur de la “malbouffe” est omnisciente
- Les réseaux sociaux regorgent de contenus “healthy”, “fit”, “clean”
…l’orthorexie passe souvent pour de la discipline, de la volonté, de la lucidité.
Et la personne en souffrance peut être félicitée là où elle aurait besoin d’aide.
Comment retrouver un rapport apaisé à l’alimentation ?
1. Reprendre contact avec ses sensations réelles
→ Faim, satiété, envie, plaisir
→ Sortir du mental, revenir au corps
2. Questionner ses croyances
→ “Si je mange cet aliment, que vais-je vraiment ressentir ?”
→ “Est-ce une règle fondée sur un besoin… ou sur une peur ?”
3. Réintroduire la souplesse petit à petit
→ Tolérer l’imperfection, le mélange, l’imprévu
→ Réapprendre à manger avec les autres, pour le plaisir
4. Comprendre que l’équilibre est dans la variété, pas dans la rigidité
→ Un corps bien nourri n’est pas un corps contrôlé à la perfection
→ L’écoute, la régularité et la joie comptent plus que l’exactitude
5. Se faire accompagner si le comportement devient source de souffrance
→ Diététicien·ne spécialisé·e en TCA
→ Thérapeute pour explorer le besoin de contrôle et les émotions associées
En conclusion
L’orthorexie n’est pas une démarche santé.
C’est une souffrance déguisée en rigueur.
Un cri silencieux pour dire : “je ne me sens pas en sécurité.”
Revenir à une alimentation libre, vivante, imparfaite mais joyeuse…
c’est retrouver un lien doux avec soi, avec ses sensations, ses émotions, ses plaisirs.
Et comprendre que le plus sain, parfois, n’est pas dans l’assiette, mais dans la manière de vivre ce qu’on mange.
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