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Il y a des moments où le corps agit plus vite que l’esprit, où le geste part avant d’être pensé, où la parole fuse sans filtre, où l’action précède toute réflexion.

Chez certaines personnes, cette difficulté à freiner, à s’arrêter ou à moduler le mouvement devient une source de tension intérieure, d’incompréhension, voire de souffrance. Cette forme d’agitation motrice spécifique, ancrée dans un défaut de contrôle, touche des enfants, des adolescents, mais aussi de nombreux adultes souvent invisibles ou mal diagnostiqués.

Dans cet article, nous explorons ce que signifie vivre avec un trouble du contrôle moteur ou de l’impulsivité, comment cela affecte la vie quotidienne, et quelles stratégies permettent d’en sortir du cercle de l’agitation permanente.


Ce que l’on entend par “trouble du contrôle moteur”

Il ne s’agit pas ici d’une simple nervosité ou d’une tendance à être “toujours en action”. Le trouble du contrôle moteur correspond à une incapacité partielle ou totale à moduler, inhiber ou ajuster ses mouvements selon le contexte.

Cela peut se traduire par :

  • Des gestes brusques, mal coordonnés ou inappropriés
  • Des mouvements involontaires ou impulsifs (se lever sans raison, taper du pied, ouvrir une porte brusquement)
  • Des actes rapides, sans anticipation des conséquences
  • Une tension motrice difficile à canaliser
  • Un besoin constant de mouvement, même en situation de calme ou de repos

Souvent, cette agitation n’est pas perçue comme gênante par la personne elle-même, jusqu’à ce qu’elle provoque des conflits sociaux, professionnels, ou une détresse psychologique.


Mécanismes neuropsychologiques : ce qui se passe dans le cerveau

🧠 1. L’inhibition motrice altérée

Dans un cerveau “neurotypique”, la zone frontale (notamment le cortex préfrontal) joue un rôle de frein régulateur. Elle permet de moduler les gestes, d’inhiber les impulsions inadaptées, de temporiser les réactions.

Chez certaines personnes, ce système est moins actif ou perturbé, ce qui provoque :

  • Une action immédiate, sans distance réflexive
  • Une difficulté à “retenir le geste”
  • Un corps qui anticipe ou “court-circuite” la pensée

Cette dynamique est fréquente dans des profils tels que :

  • Les adultes atteints de TDAH
  • Les personnes avec troubles neurocognitifs ou lésion cérébrale
  • Certaines formes de troubles anxieux ou bipolaires
  • Des personnes ayant vécu des traumatismes ou des stress prolongés
🔁 2. Le circuit de la récompense et l’impulsivité

Dans certains cas, l’action motrice n’est pas seulement non inhibée, elle est renforcée. Le cerveau associe le passage à l’acte à un soulagement immédiat (même léger), ce qui crée un conditionnement moteur.

Exemple :

Se lever, marcher, bouger → décharge → soulagement → répétition automatique


Témoignage fictif : Fabien, 52 ans, formateur

“Je ne reste jamais tranquille. En réunion, je me lève, je tourne. Chez moi, je change de pièce sans raison. Je touche à tout. Ma femme me dit que j’agis comme si j’étais constamment pressé. Mais moi, je ne le fais pas exprès. Si je ne bouge pas, j’ai l’impression que je vais exploser.”

Fabien a été diagnostiqué TDAH à l’âge adulte, après des années de dévalorisation et de tentatives d’adaptation épuisantes.


Ce que cela engendre au quotidien

Les conséquences de cette agitation impulsive sont multiples :

  • Fatigue physique importante : le corps n’a pas de véritable repos
  • Surcharge émotionnelle : frustration, colère ou honte après les gestes incontrôlés
  • Impact social : les autres perçoivent la personne comme envahissante, impolie, désorganisée
  • Auto-dévalorisation : “je suis incapable de me contrôler”, “je suis immature”

Et souvent, un cercle vicieux s’installe : plus la personne essaie de “se contenir”, plus la tension monte, et plus le mouvement explose de manière désordonnée.


Différencier impulsivité motrice et autres formes d’agitation

Il est important de ne pas confondre :

  • L’impulsivité motrice : gestes ou actes soudains, mal contrôlés
  • L’agitation anxieuse : mouvement de régulation de la peur ou du stress
  • L’habitude nerveuse : gestuelle répétitive apprise
  • Le besoin kinesthésique cognitif : bouger pour penser, sans perte de contrôle

Dans l’impulsivité motrice, la perte de maîtrise est centrale, même si la personne semble consciente.


Stratégies d’apaisement et de régulation

La clé n’est pas d’imposer l’immobilité, mais de retrouver une sensation de contrôle dans le mouvement.

Voici quelques pistes utiles :

  1. Identifier les déclencheurs
    Quels contextes activent l’impulsivité ? Où surgit-elle ? Est-ce en lien avec une émotion particulière ?
  2. Utiliser des gestes de régulation volontaire
    • Poids lourds sur les jambes
    • Objets à presser discrètement
    • Rituels corporels discrets mais maîtrisés
  3. Instaurer des sas de décharge
    • Marcher 5 minutes avant une réunion
    • Respirer de manière cadencée
    • Se permettre une micro-activité motrice entre deux tâches
  4. Travailler l’inhibition cognitive
    • Méditation active
    • Jeux ou activités nécessitant du contrôle moteur (arts martiaux doux, jeu d’équilibre)
    • Thérapie cognitivo-comportementale
  5. Ne pas culpabiliser le mouvement
    • L’impulsivité n’est pas une paresse ou un défaut moral
    • Elle est souvent un signal de surcharge, pas une mauvaise volonté

Un mot pour l’entourage

Si vous vivez avec une personne sujette à ce type d’agitation :

  • Ne cherchez pas à “l’immobiliser”
  • Créez des espaces sécurisants où le mouvement n’est pas jugé
  • Aidez-la à verbaliser sans honte ce qu’elle ressent
  • Encouragez une exploration de son fonctionnement corporel

Conclusion : Retrouver le mouvement maîtrisé

L’agitation motrice incontrôlable n’est pas une faiblesse, mais un dérèglement subtil entre l’impulsion et le contrôle.
Ce n’est pas le mouvement qui est le problème, mais l’absence de liberté dans ce mouvement.

Accompagner ces personnes, c’est leur permettre de retrouver un lien apaisé avec leur corps, un espace où bouger redevient un choix… et non un besoin incontrôlable.

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