Une journée stressante. Un message non répondu. Une tension qui monte sans prévenir.
Et là, sans vraiment réfléchir, on se dirige vers le placard. Un biscuit. Puis deux. Un carré de chocolat. Un bol de céréales.
Pas forcément de faim. Mais un besoin. Un geste presque automatique.
Pourquoi mange-t-on pour se calmer ? Pourquoi l’anxiété nous pousse-t-elle vers la nourriture ?
Et surtout, comment reprendre le pouvoir sur ce réflexe si fréquent… et si humain ?
L’alimentation émotionnelle : un mécanisme naturel
Manger pour se calmer, ce n’est pas une faiblesse. C’est une stratégie de régulation émotionnelle que notre cerveau a appris à mettre en place.
Le sucre, les graisses, les aliments réconfortants :
- Stimulent la dopamine (plaisir immédiat)
- Apaisent le cortisol (hormone du stress)
- Activent des circuits de récompense très proches de ceux de l’affection ou de la sécurité
Autrement dit : le cerveau associe rapidement “manger” à “se sentir mieux”. Même si ce mieux-être est temporaire.
Ce que l’anxiété vient réveiller
- Une peur de ne pas maîtriser
- Un trop-plein d’émotions non exprimées
- Une solitude intérieure
- Une sensation de vide, d’agitation, d’alerte diffuse
Le geste de manger devient alors un tampon, un amortisseur.
Et parfois, un anesthésiant doux.
Ce qui distingue la faim réelle de la faim émotionnelle
La faim réelle :
- Apparaît progressivement
- Se ressent dans le corps (creux à l’estomac, fatigue, baisse d’énergie)
- Se calme après avoir mangé
- Permet de choisir les aliments avec logique
La faim émotionnelle :
- Surgit brutalement, souvent en lien avec une émotion
- Se localise dans la tête plus que dans le ventre
- Appelle des aliments précis (souvent sucrés ou gras)
- N’est pas soulagée durablement par la nourriture
- Est souvent suivie de culpabilité ou de frustration
Ce que manger apporte… sur le moment
- Une sensation de réconfort, de chaleur
- Une interruption de la tension intérieure
- Un retour à soi (par le goût, la mastication, le geste familier)
- Une forme d’auto-apaisement, même illusoire
Ce n’est pas “juste” manger. C’est un langage affectif.
Le problème, c’est que ce langage ne répond pas aux besoins profonds.
Comment mieux gérer l’anxiété sans passer par l’alimentation ?
1. Identifier l’émotion déclencheuse
→ “Qu’est-ce que je ressens vraiment ?”
→ “Est-ce de la fatigue, de la solitude, de l’inquiétude, de la colère ?”
2. Créer un rituel d’écoute avant de manger
→ Se poser 2 minutes, respirer, se demander :
“Est-ce que j’ai faim ? Ou est-ce que j’ai besoin d’autre chose ?”
→ Cette pause change tout.
3. Trouver d’autres gestes apaisants
→ Boire une infusion, marcher, écouter de la musique douce, écrire ce que l’on ressent
→ Parler à quelqu’un, s’étirer, allumer une bougie, se faire un auto-massage
4. Accepter que l’anxiété ne disparaît pas toujours tout de suite
→ Parfois, il faut juste lui faire de la place sans la fuir
→ Et se rappeler : une émotion ne tue pas. Elle passe.
5. Repenser son rapport à la nourriture
→ Ni ennemi, ni refuge exclusif
→ La remettre au service de l’énergie, du plaisir, de l’attention à soi
→ Et ne pas se juger quand l’automatisme revient
En cas de compulsion fréquente
- Observer les cycles : quels jours, quelles heures, quelles émotions
- Éviter les régimes trop stricts qui aggravent la faim émotionnelle
- Travailler l’estime de soi et la régulation émotionnelle en profondeur
- Se faire accompagner par un·e professionnel·le si besoin
En conclusion
Manger pour se calmer n’est pas une erreur.
C’est un cri silencieux du corps qui dit : “je suis dépassé·e, rassure-moi”.
Mais à long terme, la vraie sécurité ne viendra pas d’un aliment.
Elle viendra de votre capacité à vous accueillir, vous écouter, vous réguler… sans vous fuir.
Et parfois, poser la fourchette, respirer, se prendre dans les bras — même symboliquement —
vaut bien plus qu’un énième paquet de gâteaux.
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