Faire du sport est bénéfique.
Renforcer ses muscles, se dépasser, viser un objectif… c’est souvent source de fierté, de santé, de confiance.
Mais pour certaines personnes, cette quête de performance ou de transformation physique devient une obsession dévorante.
On parle alors de bigorexie, ou dysmorphie musculaire : une addiction à l’exercice physique, souvent associée à une perception déformée de son corps.
Ce trouble reste peu connu, parfois valorisé, voire invisibilisé… alors qu’il peut avoir des conséquences graves sur la santé mentale et physique.
La bigorexie, c’est quoi exactement ?
C’est une forme d’addiction où :
- L’individu ne peut pas s’empêcher de faire du sport, parfois plusieurs heures par jour
- Il ressent une forte anxiété à l’idée de rater une séance
- Il ne se voit jamais assez musclé·e, assez sec·e, assez “bien”
- Le sport devient une condition de stabilité psychique, voire d’estime personnelle
Et surtout, il ne s’agit pas simplement d’un excès ponctuel, mais d’un fonctionnement qui s’installe durablement, souvent à l’insu de la personne concernée.
Qui est concerné·e ?
- Essentiellement des hommes jeunes… mais de plus en plus de femmes
- Des sportif·ves passionné·es… mais aussi des personnes anxieuses ou perfectionnistes
- Des individus influencés par des standards esthétiques irréalistes (réseaux sociaux, fitness extrême, modèles publicitaires)
La bigorexie touche souvent des personnes qui paraissent “en forme”, mais qui vivent une vraie détresse intérieure.
Signes d’une bigorexie installée
- Incapacité à faire une pause ou à réduire la fréquence des entraînements
- Sentiment de culpabilité intense en cas de repos
- Priorisation du sport sur toutes les autres sphères de vie (sociale, professionnelle, affective)
- Régimes alimentaires hyper stricts, obsession des compléments ou protéines
- Auto-évaluation constante de son apparence (miroirs, photos, mesures)
- Douleurs ou blessures ignorées ou minimisées
Ce n’est pas de la motivation. C’est une fuite. Un besoin de contrôler quelque chose quand tout semble incertain.
Les conséquences possibles
Sur le corps :
- Fatigue chronique, blessures à répétition, troubles hormonaux
- Risque de surentraînement, carences nutritionnelles, perte de menstruations chez certaines femmes
- Consommation de produits dopants ou dangereux (stéroïdes, compléments non contrôlés)
Sur le psychisme :
- Anxiété permanente liée à l’image corporelle
- Isolement social, rigidité comportementale
- Troubles alimentaires associés (restriction, orthorexie)
- Dépression masquée ou crise identitaire
Ce que la bigorexie tente de compenser
- Un manque d’estime de soi profond
- Un besoin de reconnaissance, de validation, d’appartenance
- Une peur de ne pas être “suffisant·e” sans une image forte
- Des traumas anciens (moqueries, rejet, insécurité affective)
Le corps devient un projet de contrôle total, pour masquer un chaos émotionnel intérieur.
Comment s’en libérer ?
1. Oser nommer ce qui fait mal
→ “Je ne m’arrête jamais.”
→ “Je ne me vois pas comme je suis.”
→ “Je ne me sens bien qu’après avoir souffert physiquement.”
2. Réévaluer la fonction du sport
→ Est-ce un plaisir ? Une évasion ? Une punition ? Une addiction ?
3. Remettre de la souplesse dans la routine
→ Varier les activités, introduire des jours de repos, retrouver le jeu, la lenteur, le souffle
4. Travailler la relation à l’image de soi
→ Apprendre à se voir autrement que par ses performances
→ Identifier les croyances limitantes (“si je ne suis pas musclé·e, je ne vaux rien”)
5. Se faire accompagner
→ Thérapie corporelle, psychologique, nutritionnelle
→ En parler à un·e professionnel·le sans honte, sans peur du jugement
En conclusion
La bigorexie n’est pas une preuve de force.
C’est souvent un cri silencieux d’insécurité, de manque, de besoin d’exister autrement que par son apparence.
Se libérer de cette spirale, c’est apprendre à s’écouter, à se respecter, à s’aimer sans condition.
Et redécouvrir que le vrai bien-être ne se mesure pas en abdos, mais en paix intérieure.
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