Quand on joue, on ne pense plus au reste.
On est absorbé, ailleurs, dans un autre monde.
Mais au fil des jours, des semaines, des mois, quelque chose se fragilise en arrière-plan : le lien aux autres.
L’addiction au jeu — qu’il s’agisse de jeux vidéo, de jeux en ligne ou d’argent — n’impacte pas seulement la santé mentale ou le temps de sommeil. Elle modifie profondément la sphère relationnelle, souvent de manière insidieuse.
Voici comment, pourquoi… et surtout, comment retisser le lien.
Un repli progressif… mais réel
La bascule vers l’addiction sociale commence souvent par :
- Un désintérêt pour les activités partagées (“je n’ai pas envie”)
- Une réponse tardive ou absente aux messages
- Un refus de sortir sans raison apparente
- Une tendance à préférer les interactions virtuelles à la présence réelle
- Une vie rythmée par les sessions de jeu, au détriment des temps relationnels
Le jeu devient alors un filtre, puis un mur entre soi et les autres.
Ce qu’on perd sans s’en rendre compte
1. La spontanéité du lien
On ne “tombe plus” sur les autres. Tout doit être prévu… ou annulé.
2. La richesse des interactions humaines
Les regards, les silences, les gestes — absents du monde virtuel.
3. La mémoire affective commune
Vacances, repas, galères, projets… autant d’expériences non vécues, non partagées.
4. La confiance relationnelle
L’autre se sent rejeté, oublié, parfois trahi.
Petit à petit, l’univers social se réduit… jusqu’à ne plus exister hors du jeu.
Les paradoxes relationnels du gamer accro
- Il joue parfois en ligne avec d’autres, mais ne se sent pas vraiment connecté
- Il dit “avoir besoin de calme”, mais se sent seul
- Il redoute les autres, mais souffre d’isolement
- Il rêve d’amitié ou d’amour… mais craint d’en être incapable
Ce n’est pas de l’indifférence. C’est souvent de la peur, de la honte, ou un sentiment d’incompétence sociale.
Et du côté de l’entourage ?
- Colère (“Tu m’ignores pour un jeu ?”)
- Tristesse (“Tu n’es plus le même…”)
- Impuissance (“Je ne sais plus quoi dire”)
- Résignation (“Je ne le reconnais plus”)
Face à cela, le silence se creuse, de part et d’autre. Jusqu’à couper complètement les ponts.
Comment retrouver le lien… sans culpabilité
1. Reconnaître l’impact relationnel du jeu
Pas besoin de tout arrêter, mais de regarder honnêtement :
→ “Combien de relations ai-je mises en pause à cause du jeu ?”
→ “Avec qui je n’ai pas parlé depuis des semaines ?”
2. Faire un premier pas symbolique
Un message. Un appel. Une proposition simple. Le lien se réactive avec peu.
3. Réintégrer des moments sans écran
Repas sans téléphone, balade en duo, discussion vraie. Même 20 minutes.
→ Cela relance la mémoire affective partagée.
4. Accepter d’être maladroit au début
Revenir vers l’autre après une période de retrait peut être difficile.
→ Dire simplement : “Je m’étais isolé. Tu m’as manqué.”
5. Travailler la peur du lien
Parfois, un suivi thérapeutique aide à comprendre pourquoi le jeu a pris toute la place.
En conclusion
L’addiction au jeu n’éteint pas le lien. Elle l’endort. Elle le remplace provisoirement par une autre forme de présence.
Mais le lien humain, lui, attend toujours. Parfois blessé. Parfois en retrait. Mais prêt à renaître… dès qu’on ose revenir.
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