Fermer les yeux. S’échapper. Imaginer une scène, un contact, un frisson.
Le fantasme sexuel est un espace intime, créatif, souvent libérateur.
Mais parfois, il devient un refuge permanent, un monde parallèle dans lequel on se perd pour ne plus ressentir la réalité.
À quel moment le fantasme cesse-t-il d’être un jeu de l’imaginaire pour devenir une stratégie d’évitement émotionnel ?
Et pourquoi ce mécanisme psychique est-il si puissant… et si silencieux ?
Fantasmer : un pouvoir du psychisme
Le fantasme, dans sa forme naturelle :
- Permet d’explorer des désirs en sécurité
- Stimule le plaisir sans danger ni contrainte
- Nourrit l’imaginaire érotique, la créativité relationnelle
- Aide à mieux connaître ce qui nous touche, nous excite, nous intrigue
Il est un terrain fertile de symboles et de possibilités, propre à chacun·e.
Quand le fantasme devient fuite
Mais le fantasme peut aussi :
- Remplacer toute forme de lien réel
- Être utilisé pour éviter la confrontation à ses émotions, à son histoire, à l’autre
- Créer une idéalisation permanente, qui rend le réel fade ou anxiogène
- Être un automatisme psychique dès qu’un mal-être surgit
Dans ces cas, le fantasme ne nourrit plus. Il déconnecte. Il anesthésie. Il détourne.
Les raisons profondes de cette évasion
- Éviter la vulnérabilité du lien réel
→ Dans l’imaginaire, personne ne rejette, ne juge, ne résiste.
→ Tout est fluide, parfait, maîtrisé. - Se protéger d’un traumatisme
→ Le fantasme peut servir à reconstruire une scène vécue, mais dans une version “contrôlée”
→ Il devient alors un outil de réécriture inconsciente - Fuir l’émotion brute
→ Tristesse, solitude, colère, fatigue… sont alors “diluées” dans un scénario érotique fictif - Échapper à la réalité du désir
→ Dans certains cas, le fantasme permet d’éviter un désir réel perçu comme dangereux, interdit ou complexe à vivre
Signes que le fantasme sert une fuite psychique
- Besoin récurrent de fantasmer pour s’endormir, se détendre, se sentir en sécurité
- Difficulté à ressentir du plaisir dans la réalité sans s’imaginer ailleurs
- Sentiment d’éloignement ou d’indifférence face à un·e partenaire réel·le
- Culpabilité ou frustration après l’évasion mentale
- Déséquilibre entre la richesse de l’imaginaire et la pauvreté du lien incarné
Faut-il s’en méfier ? Faut-il les contrôler ?
Non. Le fantasme n’est ni mauvais, ni pathologique en soi.
Mais il est utile de s’interroger lorsque :
- Il devient le seul espace de plaisir
- Il remplace la relation plutôt que de la nourrir
- Il empêche la présence à soi, à l’autre, à l’instant
- Il s’impose comme une fuite dès qu’un inconfort surgit
L’objectif n’est pas de supprimer les fantasmes.
Mais de retrouver la liberté d’en sortir.
Comment rééquilibrer le lien entre fantasme et réalité
1. Observer sans juger
→ À quel moment je fantasme ? Pour fuir quoi ?
→ Qu’est-ce que ce scénario raconte de mes besoins, de mes peurs, de mes blessures ?
2. Revenir au corps réel
→ Respirer, ralentir, ressentir sans créer de film mental
→ S’autoriser à être là, avec ce qui est, même si c’est imparfait
3. Enrichir le lien émotionnel réel
→ Partager ses imaginaires avec un·e partenaire, mais aussi créer de la tendresse, de l’humour, de la complicité
4. Développer des rituels de retour à soi
→ Musique, mouvement, auto-massage, écriture… pour retrouver un ancrage corporel
5. Se faire accompagner si le fantasme devient un refuge compulsif
→ Cela peut révéler des blessures d’attachement, des traumatismes anciens ou une peur du lien réel
En conclusion
Le fantasme est un paysage intérieur précieux, une partie vivante du psychisme érotique.
Mais lorsqu’il devient une prison dorée, une fuite répétée, il empêche la rencontre véritable — avec soi, avec l’autre.
Retrouver l’équilibre, c’est accepter que l’imaginaire coexiste avec le réel…
Sans l’effacer, ni le remplacer.
Mais en faisant du lien vécu un espace aussi vibrant, surprenant et profond que le rêve.
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