Se regarder dans le miroir. Éviter certains vêtements. Se comparer sans cesse.
Puis craquer. Manger vite. Trop. En cachette parfois.
Et ensuite… la honte. La même. Encore plus forte.
La honte corporelle et les crises alimentaires sont intimement liées.
Mais ce lien n’est pas une question de faiblesse. C’est un mécanisme psychique profondément enraciné, souvent invisible à l’œil nu.
Comprendre ce lien, c’est commencer à le défaire.
Et à se réconcilier — non pas avec un corps “parfait” — mais avec un corps habité, écouté, respecté.
Qu’est-ce que la honte corporelle ?
Ce n’est pas juste “ne pas aimer son corps”.
C’est :
- Se sentir indigne, anormal·e, honteux·se à cause de son apparence
- Avoir l’impression que le corps doit être caché, corrigé, puni
- Redouter le regard des autres au point d’éviter certaines situations, relations, vêtements
- Se juger soi-même avec violence
La honte est une émotion paralysante. Elle isole. Et souvent… elle appelle des comportements auto-destructeurs.
Pourquoi cette honte mène à des crises alimentaires ?
Parce que :
- La honte affaiblit la régulation émotionnelle
→ Elle crée un mal-être si fort qu’on cherche à s’apaiser… vite - Manger devient une stratégie d’évitement
→ Pendant quelques minutes, on ne pense plus, on ressent moins - Le corps devient l’objet d’une guerre intérieure
→ Et la nourriture devient un outil de punition, de soulagement, ou de sabotage - Chaque crise renforce la honte, et donc… la probabilité d’une nouvelle crise
Un cercle vicieux. Silencieux. Epuisant.
Ce que la honte corporelle raconte vraiment
- Une histoire d’exposition trop violente ou de regard humiliant (à l’école, en famille, en société)
- Une blessure liée à l’image de soi, souvent installée très tôt
- Une perception de ne pas “être comme il faut”
- Un besoin profond d’être accepté·e… qui s’est transformé en auto-rejet
Et parfois, un trauma plus ancien, inscrit dans le corps.
Comment sortir de ce lien destructeur ?
1. Remettre du sens sur les crises
→ “Cette crise n’est pas un caprice. C’est un appel, un cri de détresse.”
→ Chaque crise a une fonction. Ce n’est pas une faute. C’est une stratégie de survie.
2. Travailler la honte en profondeur
→ En thérapie, en groupe de parole, à travers l’écriture ou l’art
→ La honte ne se résout pas seule. Elle a besoin d’être vue… dans un espace sécurisé.
3. Rétablir une relation de respect avec le corps
→ Bouger pour le plaisir, non pour le corriger
→ Se reconnecter à ses sensations, hors du regard extérieur
→ Prendre soin de soi sans attente de transformation
4. Déconstruire les normes esthétiques
→ Le corps n’a pas besoin d’être aimé par tous pour être légitime
→ Il mérite d’être écouté, même imparfait, même blessé
5. Apprendre à se nourrir avec douceur
→ Retrouver le plaisir sans panique
→ Manger avec présence, avec attention, avec humanité
→ Et tolérer les écarts… comme des signaux, non des fautes
En conclusion
La honte du corps n’est pas une fatalité.
C’est une trace laissée par le regard des autres, le poids des normes, l’absence de soin.
Les crises alimentaires ne sont pas le cœur du problème.
Elles sont le langage d’un corps qui a trop longtemps été ignoré, jugé, maltraité.
En accueillant cette honte, en la nommant, en l’apprivoisant,
on peut se réconcilier avec soi-même — doucement, pas à pas, par la tendresse.
Parce qu’au fond, ce que le corps attend…
ce n’est pas la perfection.
C’est la paix.
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