Pourquoi s’attache-t-on autant à un comportement ou une substance, au point de ne plus pouvoir s’en passer ? Pourquoi continue-t-on à consommer malgré les conséquences ? Pour répondre à ces questions, il ne suffit pas de regarder ce que la personne consomme… mais de comprendre à quoi cela lui sert, psychiquement parlant.
L’objet addictif ne se réduit pas à une substance ou un acte. Il a une fonction intérieure profonde. Une fonction souvent inconsciente, mais capitale pour l’équilibre émotionnel, symbolique, parfois même identitaire de la personne concernée.
Addiction : un symptôme, pas un caprice
Plutôt que de voir l’addiction comme un problème de contrôle ou de volonté, la psychologie contemporaine invite à l’interpréter comme un symptôme, un langage du corps ou de l’âme. L’objet addictif est le support visible d’un conflit invisible.
Il ne s’agit pas de justifier la dépendance, mais d’en décrypter le sens. Car cet objet n’est pas là par hasard.
L’objet addictif : un « médicament psychique » ?
Dans la majorité des cas, l’objet addictif agit comme un régulateur émotionnel :
- Il apaise une douleur (anxiété, tristesse, colère),
- Il comble un vide intérieur,
- Il structure le quotidien par des rituels rassurants,
- Il offre un plaisir immédiat quand la vie semble fade,
- Il évite une confrontation avec une réalité difficile.
Autrement dit, l’objet remplit des fonctions que la personne ne peut pas encore assurer autrement. Il devient un outil de survie psychique.
Des fonctions multiples : explorer ce que l’objet incarne
Voici quelques fonctions fréquentes que peut remplir l’objet addictif :
1. Fonction de consolation
L’objet vient apaiser une blessure émotionnelle. Il devient une présence stable quand les humains ne le sont pas. Un refuge, une douceur, une évasion.
2. Fonction de structuration
Dans un monde chaotique, l’addiction apporte de la régularité. Les rituels de consommation créent un cadre, un repère, une temporalité.
3. Fonction de maîtrise
Quand on se sent impuissant face à la vie, l’objet donne une illusion de contrôle :
Je décide quand je consomme, comment, combien.
C’est un territoire connu, dans un monde parfois trop vaste.
4. Fonction de punition
Paradoxalement, certaines addictions servent à se faire du mal, consciemment ou non. Pour expier une faute, réactiver une blessure, ou entretenir une image négative de soi.
5. Fonction d’identité
L’objet addictif peut devenir une partie de l’identité :
Je suis celle qui fume, celui qui boit tous les soirs, celui qui ne dort pas sans écran…
Il devient un compagnon de route, voire une extension de soi.
L’objet devient une « personne intérieure »
Dans certains cas, surtout en lien avec des traumatismes précoces ou des troubles de l’attachement, l’objet addictif prend la place d’un autre manquant : un parent absent, un soutien inexistant, un amour perdu.
On ne consomme plus un produit. On se relie à une fonction symbolique :
- celle qui apaise,
- celle qui tient compagnie,
- celle qui rassure,
- celle qui protège.
C’est ce qui rend le détachement si difficile : ce n’est pas l’objet qu’on quitte, c’est ce qu’il représentait.
Pourquoi comprendre la fonction, c’est essentiel
Lorsqu’on veut aider quelqu’un à sortir d’une addiction, il ne suffit pas de supprimer l’objet. Il faut remplacer, reconstruire, re-symboliser.
Cela implique :
- D’identifier la fonction remplie,
- De comprendre le besoin psychique en jeu,
- De proposer des alternatives symboliques valides (relations, pratiques, soins),
- D’accompagner le deuil de l’objet avec respect et sensibilité.
Sinon, le risque est grand de remplacer une dépendance par une autre.
Le rôle de la thérapie : du sens à la transformation
Les approches thérapeutiques orientées psychodynamiquement, comme la thérapie analytique, la thérapie des schémas ou les thérapies d’attachement, permettent d’explorer cette fonction profonde.
Elles offrent un espace pour :
- écouter les représentations inconscientes liées à l’objet,
- revisiter l’histoire de la personne avec compassion,
- développer d’autres moyens de répondre aux mêmes besoins.
Conclusion : de la dépendance à la conscience
L’objet addictif n’est pas un ennemi. C’est un message. Un indicateur d’un besoin psychique non comblé. En comprendre la fonction, c’est faire le choix de la bienveillance et de la profondeur.
Sortir de l’addiction, ce n’est pas renier l’objet. C’est lui dire merci… puis le laisser partir, en construisant un nouveau lien à soi.
Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.