Il court, grimpe, interrompt, saute, parle fort…
“Il est hyperactif !” lance-t-on, parfois avec inquiétude, parfois à la légère.
Mais tous les enfants vifs, curieux, débordants d’énergie ne sont pas “hyperactifs” au sens clinique. Il existe un risque grandissant de surdiagnostic du TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité), en particulier chez les jeunes enfants.
Il est donc crucial de faire la différence entre une énergie normale, un besoin de mouvement légitime… et un véritable trouble neurodéveloppemental.
Cet article propose des repères clairs pour ne pas confondre tempérament moteur et trouble, et pour accompagner avec justesse un enfant très actif.
L’enfant actif n’est pas nécessairement en difficulté
Les enfants sont programmés pour bouger. Entre 3 et 7 ans, leur développement repose en grande partie sur :
- L’exploration sensorimotrice
- La stimulation vestibulaire (équilibre, coordination)
- L’affirmation de soi par le corps
- La découverte de l’espace, des objets, des autres
Dans ce contexte, certains enfants bougent plus que d’autres :
- Parce qu’ils ont un profil moteur dominant
- Parce qu’ils sont plus sensibles aux stimulations
- Parce qu’ils sont plus rapides à ressentir… et à réagir
Ce n’est ni un trouble, ni un défaut, mais un profil neurodéveloppemental parmi d’autres.
Qu’est-ce que l’hyperactivité au sens clinique ?
Le TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) est un trouble neurodéveloppemental reconnu, défini par :
- Une agitation motrice excessive et désorganisée
(se lève sans cesse, grimpe, ne reste pas assis) - Une impulsivité verbale et comportementale
(interrompt, coupe la parole, agit sans réfléchir) - Un déficit de l’attention marqué et persistant
(ne termine pas ses tâches, semble ne pas écouter, oublie rapidement)
Ces symptômes :
- Sont présents dans au moins deux contextes (école + maison par exemple)
- Durent depuis plus de 6 mois
- Altèrent significativement la vie sociale, scolaire ou familiale
- Ne peuvent être expliqués uniquement par l’environnement, l’anxiété ou une phase développementale
Un diagnostic sérieux est réalisé par un professionnel (neuropsychologue, pédopsychiatre…), jamais sur observation ponctuelle.
Ce qui peut ressembler à de l’hyperactivité… mais ne l’est pas
Voici des situations fréquentes mais non pathologiques :
- L’enfant bouge beaucoup mais sait se poser quand il aime l’activité
→ Il n’est pas dans l’hyperactivité permanente, mais dans un besoin de sens ou d’intérêt - L’enfant est très actif dans un environnement surstimulant
→ Trop de bruit, de lumières, d’injonctions → réaction motrice normale - L’enfant s’agite uniquement dans certains contextes (école, famille, groupe)
→ Possible réponse émotionnelle à une ambiance non sécurisante - L’enfant est en demande constante d’interactions physiques ou sensorielles
→ Il cherche à construire sa carte corporelle ou à se rassurer - L’enfant vit une transition difficile (naissance, séparation, changement d’école)
→ L’agitation peut être temporaire et régresser spontanément
Témoignage fictif : Naël, 6 ans
“À l’école, Naël bouge tout le temps. Il se lève, grimpe, parle. On soupçonne un TDAH. Mais à la maison, il passe des heures à construire en Lego ou à cuisiner avec sa mère. Il est vif, mais très concentré dès qu’il est engagé émotionnellement.”
Dans ce cas, le problème n’est pas neurologique, mais contextuel : Naël a besoin de stimulation affective, de rythme clair et de tâches porteuses de sens.
Les risques d’un surdiagnostic trop précoce
- Stigmatisation
➜ L’enfant est vu comme “anormal”, “ingérable”, ce qui abîme son estime de soi - Traitements non justifiés
➜ Médicaments ou thérapies non adaptés à la réalité de l’enfant - Attentes erronées de l’entourage
➜ On attend de l’enfant un calme impossible pour son âge ou son profil - Découragement parental
➜ Les parents se sentent dépassés ou incompétents, alors que l’enfant a juste besoin d’un cadre différent
Comment faire la part des choses ?
Voici quelques repères pour orienter les observations :
- ✔️ L’enfant peut-il se concentrer par moments ?
- ✔️ Son agitation varie-t-elle selon l’environnement ?
- ✔️ Est-il capable d’écouter une consigne, avec répétition ?
- ✔️ Présente-t-il de la joie dans ses actions, ou de l’agitation anxieuse ?
- ✔️ Peut-il s’apaiser avec une activité motrice calme (balançoire, musique, cuisine…) ?
Si la réponse à plusieurs de ces questions est oui, il y a de fortes chances qu’il s’agisse d’un besoin de mouvement et non d’un trouble.
Que faire face à un enfant très actif ?
- Créer un rythme clair et contenu
- Alternance entre mouvement et pause
- Temps de transition ritualisés
- Limitation des écrans, sucre, et sources de surstimulation
- Intégrer le mouvement dans les apprentissages
- Apprendre en marchant, en chantant, en manipulant
- Autoriser les pauses debout, les assises dynamiques
- Éviter les étiquettes trop rapides
- Préférer : “Tu as besoin de bouger” à “Tu es ingérable”
- Consulter en cas de doute durable
- Pour comprendre le fonctionnement global de l’enfant, et non pour poser un diagnostic rapide
Conclusion : Une énergie à accompagner, pas à freiner
Certains enfants ont besoin de mouvement comme d’autres ont besoin de silence ou de parole.
Leur corps est un outil d’exploration, de régulation, d’expression.
Plutôt que de chercher à les calmer à tout prix, il est souvent plus juste de les comprendre, de les contenir sans les brimer, et d’offrir à leur corps un espace où ils pourront grandir en se sentant pleinement vivants… et accueillis.
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