Il y a ce verre qu’on boit seul.
Cette bouteille qu’on cache.
Ce moment où l’on se dit “je n’en parlerai à personne”.
Puis le lendemain, la culpabilité, le silence… et parfois, un nouveau verre pour oublier la honte.
L’alcool crée souvent une spirale émotionnelle complexe, où la honte s’enracine profondément. Silencieuse, toxique, persistante, elle devient à la fois conséquence et carburant de la dépendance.
Cet article explore ce lien subtil et douloureux entre honte et addiction — et propose des clés pour reconstruire une parole intérieure plus douce.
Quand la consommation devient secrète
L’un des premiers signes de bascule dans une dépendance problématique, c’est le besoin de cacher :
- Boire seul·e
- Minimiser la quantité
- Mentir sur sa consommation
- Faire semblant que tout va bien
Et avec cette dissimulation, naît la honte. Une honte profonde, qui ne vient pas seulement de ce qu’on fait, mais de ce que l’on pense être devenu.
La honte : un piège émotionnel
La honte n’est pas la simple culpabilité d’avoir “fait une erreur”. C’est la sensation d’être soi-même une erreur.
Elle attaque :
- L’estime de soi
- Le sentiment d’appartenance
- La capacité à demander de l’aide
Elle isole, elle fait taire, elle renforce le silence. Et dans ce silence, l’addiction prospère.
Pourquoi l’alcool renforce ce mécanisme
L’alcool est un anxiolytique à court terme : il apaise la douleur de la honte… pour mieux la faire revenir, amplifiée, le lendemain.
Cela crée une double spirale :
- Je bois pour oublier la honte → je perds le contrôle → je me réveille avec plus de honte
- Je ne parle pas de ce que je vis → je me sens seul·e → je bois pour supporter ce vide
Ce qu’on cache, se renforce
La honte aime le silence. Elle se nourrit de ce qui ne se dit pas.
Mais quand elle est nommée, même timidement, elle commence à perdre de sa force.
Nommer ne veut pas dire tout raconter à tout le monde. Cela peut être :
- Écrire une lettre à soi-même
- Parler à un thérapeute, une personne de confiance
- Rejoindre un espace de parole anonyme
- Dire “je ne vais pas bien” sans forcément dire pourquoi
Ce sont des actes de reconquête intime.
Revaloriser sa dignité
Même en pleine dépendance, même après des échecs, des dérapages, des mensonges… vous restez une personne digne d’être entendue, aidée, respectée.
La honte n’est pas une vérité. C’est une émotion ancienne, souvent héritée, renforcée par la société, le regard des autres, ou des blessures passées.
Elle ne vous définit pas. Elle vous signale un besoin de lien, de soutien, de réparation.
Quelques gestes concrets pour briser le cycle
1. Identifier les pensées de honte récurrentes
Exemple : “Je suis nul·le”, “Je déçois tout le monde”, “Je mérite ce qui m’arrive”.
Les écrire, les relire, les questionner.
2. Remplacer le jugement par la curiosité
“Qu’est-ce que j’ai cherché en buvant ?”
“De quoi avais-je besoin, en fait ?”
3. Parler, même juste un peu
Par écrit, par message vocal, par regards croisés… la parole commence bien avant les grands discours.
4. Rappeler à soi ses petites victoires
Un jour sans boire. Un appel passé. Un pas en dehors du silence. Tout compte.
En conclusion
La honte et la dépendance dansent ensemble, souvent dans l’ombre. Mais cette danse peut être interrompue — non pas par une perfection soudaine, mais par un geste de douceur, une parole offerte, un regard bienveillant envers soi.
Briser le silence intérieur, c’est le premier pas vers une liberté plus vaste : celle d’exister sans se cacher, même imparfait·e, mais vivant·e.
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