Un matin banal. Ou un soir après une journée difficile.
Et puis soudain, une envie incontrôlable. Une série de clics, une course en boutique.
Dans le panier : des objets disparates. Des choses utiles… peut-être. Mais surtout : des choses qu’il faut absolument avoir. Maintenant. Tout de suite.
Ce phénomène porte un nom : la crise d’achat.
Et non, ce n’est pas une simple exagération passagère. C’est une réponse psychique intense, souvent liée à une surcharge émotionnelle ou à un besoin de réparation intérieure.
Qu’est-ce qu’une crise d’achat ?
C’est un moment où :
- Le besoin d’acheter devient urgent, irrépressible
- On a l’impression que chaque objet est crucial
- On agit de manière désorganisée, frénétique
- Le regard devient flou : on ne distingue plus l’envie, le besoin, le fantasme
- L’achat procure un soulagement immédiat, suivi de désorientation ou de honte
Ce n’est pas un caprice. C’est un débordement émotionnel déguisé.
Ce qui se passe dans le cerveau
Lors d’une crise d’achat :
- Le système émotionnel (amygdale, système limbique) prend le dessus sur le raisonnement
- La dopamine s’active à plein régime : anticipation, récompense, frisson
- Le cortex préfrontal, responsable du jugement et de l’auto-régulation, est mis en veille
→ On agit sans filtre, sans recul, sans frein.
Ce que l’on cherche, sans le savoir
- Reprendre du contrôle dans une situation perçue comme floue ou instable
- Combler un vide (affectif, identitaire, existentiel)
- S’apaiser face à une émotion désagréable (peur, tristesse, colère)
- S’affirmer (“je peux me faire plaisir”, “je mérite ça”)
- Créer une illusion de nouveauté ou de renouveau
Chaque objet semble devenir un petit pansement symbolique.
Des exemples fréquents de crise d’achat
- Après une rupture ou un conflit
- Lors de moments d’ennui profond ou d’isolement
- En période de stress intense ou de fatigue chronique
- Suite à une dévalorisation (critique, échec, comparaison)
- En réaction à des promotions ou à un marketing agressif
Les conséquences possibles
- Accumulation d’objets inutiles ou redondants
- Complications financières ou dettes à répétition
- Honte ou gêne à en parler à son entourage
- Repli émotionnel ou isolement (peur d’être jugé·e)
- Baisse de l’estime de soi (“je ne me contrôle plus”, “je suis ridicule”)
Et parfois… une culpabilité persistante qui nourrit le terrain de la prochaine crise.
Comment traverser et désamorcer une crise
1. Créer un sas de pause
→ S’obliger à attendre 10 minutes avant de valider un achat
→ Respirer, boire un verre d’eau, sortir de la pièce
2. Écrire ce que l’on ressent
→ “Pourquoi cet achat me semble-t-il si vital ?”
→ “Quelle émotion me pousse ? Quel vide essaie-t-il de combler ?”
3. Se parler avec douceur
→ “Je suis dans une crise. Ce n’est pas moi, c’est mon émotion qui agit.”
→ “Je vais laisser passer la vague, puis réfléchir.”
4. Créer une alternative symbolique
→ Tenir un carnet des objets non achetés et s’en féliciter
→ Remplacer le clic d’achat par un geste auto-réparateur : marcher, respirer, s’enrouler dans un plaid, appeler un proche
5. Se faire accompagner si les crises se répètent
→ Thérapie spécialisée en addictions comportementales
→ Approche centrée sur les émotions, les besoins, les attachements
En conclusion
Une crise d’achat n’est pas une faute, ni une faiblesse. C’est une alerte intérieure. Un appel de votre monde émotionnel, qui cherche à exister, à être entendu, à se réparer.
Ce que vous cherchez à travers ces objets… ce n’est peut-être pas un besoin matériel.
C’est souvent un besoin de lien, de repos, de reconnaissance, de sécurité.
Et ce besoin-là, aucun panier ne pourra jamais le combler.
Mais vous, oui.
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