Une douleur passagère ? Un comprimé.
Un stress ? Une tisane, un cachet, une solution “naturelle”.
Une baisse d’énergie ? Un complément.
Sans en parler à personne. Sans consulter. Sans attendre.
L’automédication est souvent perçue comme un acte anodin, pratique, autonome.
Mais lorsqu’elle devient systématique, silencieuse, voire compulsive, elle révèle bien plus qu’un simple souci de santé.
Elle parle d’un besoin profond de contrôle, d’une solitude intérieure, d’une fatigue à tout porter.
Qu’est-ce que l’automédication ?
Il ne s’agit pas seulement de prendre un Doliprane sans ordonnance.
L’automédication devient problématique lorsqu’elle se manifeste par :
- Une prise régulière ou répétée de médicaments, compléments ou substances sans suivi médical
- Un refus d’en parler, par peur d’être jugé·e, infantilisé·e ou contredit·e
- Une croyance que “je dois m’en sortir seul·e”
- Une forme de déni de souffrance réelle
C’est un comportement de protection… qui finit parfois par isoler encore plus.
Ce que l’automédication cherche à compenser
- La peur de déranger, de dépendre, d’être vulnérable
- La croyance que demander de l’aide est un aveu de faiblesse
- Une expérience passée de non-écoute ou de déception médicale
- Une volonté extrême de garder le contrôle sur son corps, son image, sa vie
- Une fatigue mentale profonde, camouflée derrière l’activisme du soin
Ce n’est pas un caprice. C’est un mécanisme de survie.
Les risques silencieux
- Physiologiques
→ Interactions médicamenteuses, surdosage, effets secondaires non maîtrisés
→ Masquage de symptômes qui pourraient signaler un trouble plus grave - Psychologiques
→ Isolement émotionnel, renforcement de la solitude décisionnelle
→ Refus de vulnérabilité, augmentation du sentiment de devoir “tout porter seul·e” - Relationnels
→ Méfiance vis-à-vis des soignants ou de l’entourage
→ Incompréhension mutuelle : “Tu ne comprends pas, je gère.”
Ce que ce comportement révèle en profondeur
- Une sur-responsabilisation précoce (enfance où il fallait se débrouiller seul·e)
- Une vision idéalisée de l’autonomie
- Un sentiment diffus de ne pas mériter qu’on prenne soin de soi
- Un refus d’abandon, de fragilité, d’imprécision
L’automédication devient alors le symbole d’un besoin de maîtrise totale, là où la vie est, par nature, incertaine.
Comment sortir de cette logique d’isolement ?
1. Reconnaître le besoin d’aide comme une force
→ Demander un avis, c’est un acte de responsabilité, pas de faiblesse.
→ Accepter d’être accompagné·e, c’est se reconnaître digne d’attention.
2. Mettre en lumière les émotions derrière l’automédication
→ Peur ? Fatigue ? Colère ? Déni ?
→ Et si ce geste n’était pas seulement “pratique” ?
3. Réapprendre à faire confiance au corps… et aux autres
→ Le corps n’est pas un objet à maîtriser, mais un compagnon à écouter
→ Il n’a pas toujours besoin d’être “corrigé”, parfois juste accompagné
4. Poser la question du rapport à la souffrance
→ Que veut-on éviter à tout prix ?
→ Pourquoi le “je gère” est-il devenu une identité ?
5. Consulter sans honte
→ Un·e professionnel·le de santé, un·e thérapeute…
→ Pour déposer le poids, ouvrir un espace de partage, éviter les risques silencieux
En conclusion
Automédiquer, ce n’est pas seulement prendre un médicament.
C’est souvent refuser de montrer qu’on souffre, qu’on ne sait pas, qu’on est humain·e.
Mais gérer seul·e, tout le temps, fatigue.
Et parfois, le vrai soin commence quand on ose dire “j’ai besoin d’un regard extérieur”.
Ce n’est pas l’aveu d’un échec.
C’est l’ouverture d’un dialogue.
Avec les autres. Avec soi-même.
Et peut-être… avec une autre façon de se sentir vivant·e.
Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.