L’un boit pour oublier.
L’autre s’installe dans le silence.
Et souvent, ils avancent main dans la main, dans une spirale invisible mais puissante.
L’alcool et la dépression entretiennent une relation ambiguë, silencieuse, mais extrêmement fréquente. Tantôt cause, tantôt conséquence, tantôt les deux à la fois, cette cohabitation complique le diagnostic, l’accompagnement, la guérison.
Plongeons dans les racines de ce lien toxique — pour mieux le dénouer.
Une alliance anesthésiante… à court terme
Face à une tristesse tenace, une douleur intérieure inexprimée, une fatigue morale profonde, l’alcool peut apparaître comme :
- Un moyen de se désensibiliser
- Une façon de s’endormir plus vite
- Un outil pour se forcer à rire ou “tenir le coup”
- Une tentative de retrouver de la légèreté
Mais cet effet est éphémère. Car l’alcool, s’il déconnecte… ne guérit pas.
L’alcool aggrave la dépression
Sur le plan neurologique, l’alcool :
- Déséquilibre les neurotransmetteurs impliqués dans la régulation de l’humeur (sérotonine, dopamine)
- Augmente l’irritabilité, la fatigue, la culpabilité
- Détériore le sommeil, créant un faux repos
- Affaiblit le cortex préfrontal, ce qui freine l’élaboration et la prise de recul
Résultat : l’état dépressif s’intensifie à moyen terme, même si l’alcool semble “soulager” dans l’instant.
La dépression favorise la dépendance
À l’inverse, les personnes dépressives sont plus vulnérables à une consommation régulière :
- Pour éteindre le vide ou l’angoisse
- Pour échapper au regard des autres
- Parce que leur motivation est affaiblie (et donc leur capacité à initier un vrai changement)
- Parce que le désespoir fait baisser la vigilance
Ce climat intérieur devient un terreau fertile pour la dépendance.
Cercle vicieux : l’un nourrit l’autre
- Je me sens mal → je bois pour oublier
- Je bois → mon humeur chute, je dors mal, je me sens coupable
- Je me sens encore plus mal → je rebois
- Je n’arrive plus à distinguer l’origine du mal-être
Ce cycle peut durer des mois, des années, souvent en silence, car ni l’entourage ni la personne concernée ne sait par où commencer.
Et si on inversait la logique ?
Beaucoup se disent : “Je vais arrêter de boire quand j’irai mieux.”
Mais parfois, c’est le fait d’arrêter qui permet d’aller mieux.
Non pas magiquement, mais en créant de l’espace mental pour comprendre ses émotions, ses besoins, ses souffrances réelles.
Quelques repères pour commencer à sortir du duo
1. Reconnaître le lien
Ce n’est pas une faiblesse de le dire. “Je bois quand je me sens vide.” ou “Je suis triste et je bois plus.” est un point de départ lucide.
2. Parler aux bons interlocuteurs
Certains professionnels peuvent traiter la dépression et la dépendance ensemble : psychologues, addictologues, psychiatres formés aux troubles doubles.
3. Espacer les prises, juste pour observer
Réduire (sans viser l’abstinence immédiate) peut révéler la nature réelle de son mal-être. Ce n’est pas toujours l’alcool qui fait mal. Parfois, il cache autre chose.
4. Ne pas se battre seul·e
La solitude renforce les deux troubles. Un accompagnement, même minime, change l’histoire intérieure.
En conclusion
Alcool et dépression forment un duo complexe, douloureux, et malheureusement banal. En parler, c’est déjà briser le tabou.
Il n’existe pas de sortie simple, mais il existe des chemins possibles, des regards professionnels bienveillants, et surtout, des raisons d’espérer.
Parce qu’on peut guérir. Et que la lumière revient, souvent, quand on commence à laisser entrer un peu d’aide.
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