Il y a ces moments de bascule. Ce ne sont pas des ruptures franches, ni des événements traumatiques, mais des transitions. Ce qui précède est déjà fini, ce qui vient n’est pas encore commencé. Ce flou, ce flottement, cette perte temporaire de repères… peuvent générer une angoisse intense.
La phobie des transitions n’est pas une peur d’un événement précis, mais de l’entre-deux, de ce moment transitoire où l’on perd ses appuis sans encore en avoir de nouveaux. Elle fait partie des phobies contextuelles, car elle dépend d’un cadre temporaire, instable, déroutant.
Qu’est-ce qu’une transition ?
Une transition est un passage d’un état à un autre, souvent sans garantie, sans sécurité immédiate, sans visibilité totale. Elle peut être :
- scolaire (entrée au collège, changement d’école),
- professionnelle (prise de poste, reconversion, fin de contrat),
- familiale (déménagement, naissance, séparation),
- personnelle (deuil, crise identitaire, changement de rôle),
- ou simplement quotidienne (retour de vacances, passage à la retraite, entrée dans l’automne…).
Ce qui rend ces moments si déstabilisants, ce n’est pas ce qu’on quitte, ni ce qu’on rejoint, mais l’absence temporaire d’identité claire, de rôle, de rythme.
Comment se manifeste cette phobie ?
- Procrastination prolongée au moment de commencer un nouvel épisode,
- Tristesse ou angoisse à la fin d’une étape (même attendue ou choisie),
- Évitement des périodes de transition : préférer l’échec à un changement,
- Tendance à créer du « faux stable » : s’accrocher à ce qui est déjà fini,
- Impression d’être « nulle part » ou « perdu·e ».
Le sentiment dominant : ne plus savoir qui l’on est, ni comment fonctionner dans l’entre-deux.
Pourquoi ces moments sont-ils si anxiogènes ?
• Perte de repères
La transition retire les routines, les certitudes, les habitudes. Le cerveau cherche des points fixes.
• Identité flottante
Entre deux rôles, deux contextes, on ne sait plus très bien comment se comporter, ni ce qu’on vaut.
• Absence de temporalité claire
Combien de temps va durer cette phase ? Quand ça commence, quand ça finit ? Le flou temporel rend fou.
• Mémoire de transitions mal vécues
Un déménagement difficile, une rentrée chaotique, un passage brutal peuvent avoir ancré l’idée que « les transitions sont dangereuses ».
• Sensation de vide
L’humain tolère mal le vide. La transition, c’est un espace où rien n’est encore solide. Cela réveille des peurs archaïques.
Ce que dit la psychologie
Les transitions sont des périodes critiques du développement (Bridges, 2001). Elles mobilisent à la fois les ressources d’adaptation, de deuil, et de projection. Elles sont normales, nécessaires… mais parfois très éprouvantes.
Des études montrent que les transitions provoquent souvent :
- une augmentation temporaire de l’anxiété,
- une vulnérabilité identitaire accrue,
- une désorganisation cognitive et émotionnelle,
- un besoin fort de validation extérieure.
Ce qu’on risque à fuir les transitions
- Rester bloqué·e dans des contextes dépassés
- Éviter l’évolution, même quand elle est positive
- S’auto-saboter pour ne pas avoir à vivre l’entre-deux
- Multiplier les débuts sans suite, pour ne jamais franchir le cœur du changement
- Se figer dans une zone de confort stérile
Comment mieux traverser les transitions ?
1. Nommer la phase
Dire « Je suis dans une transition » permet de légitimer cet état instable, et de le voir comme un processus, pas une défaillance.
2. Créer des micro-répères
Inventer de nouveaux rituels, même temporaires. Donner un rythme au vide.
3. Faire le deuil de l’étape précédente
Avant d’avancer, il faut parfois reconnaître ce qu’on quitte, avec gratitude ou tristesse. C’est un passage symbolique essentiel.
4. Projeter des points d’ancrage vers l’avant
Imaginer des repères à venir, même flous : un rôle, un lieu, une routine souhaitée.
5. Se faire accompagner
Coaching, thérapie, groupes de parole : mettre des mots, partager permet d’éviter l’isolement émotionnel du “ni l’un ni l’autre”.
Quelques questions pour avancer
- Quelle transition suis-je en train de vivre ?
- Qu’est-ce que je perds ? Qu’est-ce que je gagne ?
- De quoi ai-je peur dans ce passage ?
- Quels repères provisoires pourrais-je mettre en place ?
- À quoi ressemblerait une “transition douce” pour moi ?
Conclusion : La transition, ce n’est pas le vide — c’est l’espace de la transformation
La phobie des transitions est une peur normale, mais elle ne doit pas nous voler l’accès à la nouveauté, à la croissance, à l’évolution.
Traverser un entre-deux, c’est se laisser réinventer sans se perdre. C’est se tenir entre deux portes — et accepter de ne pas savoir exactement ce qu’il y a de l’autre côté, tout en avançant, doucement, vers soi-même.
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