« Je voulais juste ne plus y penser. »
« J’avais besoin d’un moment sans douleur. »
« Pendant quelques minutes, tout disparaissait. »
Ces mots, prononcés par des personnes dépendantes, reviennent souvent. Derrière la consommation de drogues dures, il y a parfois une recherche de plaisir… mais bien plus souvent, une quête d’oubli. Un besoin impérieux d’effacer, de suspendre, de faire taire quelque chose d’insupportable. Ce n’est pas une faiblesse, ni une folie. C’est une tentative de survie psychique.
Dans cet article, nous explorons la fonction psychologique que remplissent les drogues chez de nombreuses personnes : fuir la douleur intérieure, anesthésier la mémoire, mettre en pause l’émotion.
🔍 Ce que les drogues permettent (au début)
Les drogues dures ne sont pas uniquement des substances chimiques. Elles sont, pour certaines personnes :
- Des anesthésiants émotionnels
- Des antidouleurs psychiques
- Des échappatoires silencieuses
Concrètement, elles permettent :
- De ne plus penser à un événement traumatique
- De réduire l’angoisse ou le stress chronique
- De s’éloigner du réel, trop dur à affronter
- De retrouver un état de calme ou d’euphorie, inaccessible autrement
⚠️ Ce soulagement est temporaire. Mais il fonctionne, ce qui rend la reprise de la drogue compréhensible… et donc difficile à interrompre.
🧠 Le cerveau face à la douleur psychique
Lorsqu’une personne vit un choc, une violence, un rejet, ou une douleur qui ne peut pas être exprimée, son cerveau cherche des stratégies d’évitement. Les drogues peuvent devenir l’une d’elles.
Mécanismes fréquents :
- Dissociation : se couper de ses émotions ou de son corps
- Anesthésie émotionnelle : ne plus ressentir ni tristesse, ni colère, ni joie
- Répétition traumatique : revivre en boucle un souvenir, que seule la drogue semble calmer
🧬 Le cerveau apprend alors que la substance est une solution, ce qui crée un renforcement comportemental, même sans recherche de plaisir.
🧩 Des histoires derrière chaque consommation
La consommation régulière cache souvent un ou plusieurs chapitres douloureux :
- Une enfance marquée par la violence, l’instabilité, la négligence
- Un abus non verbalisé, non reconnu
- Une humiliation persistante ou une mise à l’écart
- Un deuil impossible à faire
- Une culpabilité profonde, une honte enkystée
🔎 La drogue devient une porte de secours mentale, là où la parole ne suffit pas, où les ressources internes sont épuisées.
💬 Ce que disent les personnes concernées
“C’était la seule chose qui me faisait taire la tête.”
“J’oubliais que j’existais. Et c’était reposant.”
“Je ne voulais pas mourir, juste dormir.”
“Le monde était trop fort. Il me fallait un filtre.”
Ces phrases ne parlent pas de plaisir, mais de besoin d’oubli. Et cet oubli, même dangereux, peut être vécu comme un soulagement vital.
🛑 Une stratégie qui piège
Ce qui soulage au départ devient rapidement un piège :
- La mémoire revient, plus violente encore, dès que l’effet passe
- L’anesthésie touche aussi les émotions positives (joie, amour, lien)
- La dépendance s’installe, renforçant la honte, l’isolement
- Le corps souffre, la santé décline, les relations se brisent
Et le paradoxe apparaît : plus on cherche à oublier, plus on creuse sa souffrance.
🧭 Sortir de la fuite : possible, mais délicat
Guérir d’une dépendance, c’est accepter de se souvenir, de ressentir, de traverser ce qui a été évité. C’est réapprendre à vivre avec sa mémoire, et non contre elle.
Cela passe souvent par :
- Une thérapie spécialisée dans les traumas
- Un cadre stable, sécurisant, sans jugement
- Une relation de confiance, parfois pour la première fois
- Des méthodes d’apaisement alternatives (respiration, art, expression corporelle…)
Le processus est long, mais pas impossible. Il demande de remplacer la drogue par un autre type de lien : à soi, aux autres, au monde.
💡 Ce que cela change dans le regard porté sur l’addiction
👉 Si l’on comprend que la consommation est une tentative d’oublier une douleur, alors on ne parle plus d’irresponsabilité. On parle de souffrance non écoutée, de mémoire non reconnue.
Il ne s’agit plus de forcer l’abstinence à tout prix, mais de proposer un chemin où l’on peut se souvenir… sans s’effondrer.
🔚 Conclusion : quand la drogue devient une mémoire en négatif
Derrière chaque prise, il y a une émotion. Un moment trop fort. Une image figée. Une scène qu’on ne veut plus revoir. La drogue n’efface pas. Elle met en veille.
Mais tant que l’on refuse d’écouter ce qui a rendu la substance nécessaire, on ne peut pas vraiment accompagner.
Comprendre la fonction psychologique de la consommation, c’est ouvrir la porte d’une aide humaine, douce, respectueuse. Et permettre, un jour peut-être, de ne plus fuir. De se souvenir… autrement.
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