“C’est juste un joint pour me détendre.”
“Je fume moins qu’avant.”
“Je peux arrêter quand je veux.”
“Tout le monde le fait.”
“C’est pas comme si c’était de la coke.”
Ces phrases, vous les avez peut-être déjà dites. Ou entendues. Elles font partie d’un discours intérieur complexe, à la fois protecteur, rassurant… et parfois piégeant.
Car l’une des dimensions les plus puissantes de la dépendance psychologique, c’est la capacité à s’auto-convaincre. À donner du sens à un comportement qu’on commence à sentir problématique.
Décodons ensemble ces mécanismes de justification qui peuvent freiner le changement… tout en révélant une forme de lucidité.
Pourquoi on se justifie ?
Parce que fumer répond à un besoin réel : détente, régulation émotionnelle, habitude sociale, sécurité intérieure.
Mais ce besoin entre parfois en conflit avec :
- Des signaux d’alerte du corps ou de l’esprit
- Une envie d’arrêter ou de réduire
- Des pressions sociales ou familiales
- Des valeurs personnelles
La justification est alors une stratégie de cohérence : elle évite le malaise intérieur, la dissonance.
Les justifications les plus fréquentes (et ce qu’elles révèlent)
🔸 “Je contrôle”
→ Souvent prononcé… quand le doute commence à s’installer.
👉 Derrière ce “je gère”, il peut y avoir peur de perdre le contrôle.
🔸 “Ce n’est qu’un joint”
→ Une tentative de minimisation, qui montre une tension intérieure naissante.
👉 Cela peut cacher la peur de regarder la fréquence réelle.
🔸 “Je ne suis pas dépendant·e, je choisis”
→ Formulation très courante chez les consommateurs réguliers.
👉 Elle traduit souvent un besoin de garder une image de soi forte et autonome.
🔸 “Je suis moins stressé·e quand je fume”
→ Cette phrase est souvent vraie… à court terme.
👉 Mais elle masque un mécanisme de régulation émotionnelle externe, fragile sur le long terme.
🔸 “J’ai arrêté un mois, donc ça va”
→ Une forme de “preuve sociale” vis-à-vis de soi-même.
👉 Elle peut cacher une culpabilité refoulée ou une peur du retour à l’usage.
🔸 “Ça m’aide à être créatif·ve / concentré·e / sociable”
→ Le cannabis est parfois vécu comme un “amplificateur” identitaire.
👉 Cela montre à quel point il est devenu lié à l’image de soi, et non plus seulement à une fonction.
Et si on écoutait ces phrases autrement ?
Ces justifications ne sont pas mensongères. Elles sont adaptatives. Ce sont des tentatives (plus ou moins conscientes) de :
- Se rassurer
- Retarder une décision
- Conserver un équilibre fragile
- Éviter un inconfort émotionnel
Les entendre avec curiosité, sans jugement, permet de les transformer en questions :
- Est-ce que je contrôle toujours vraiment ?
- Qu’est-ce que je cherche exactement quand je fume ?
- Qu’est-ce que j’ai peur de perdre si j’arrête ?
Transformer l’auto-justification en tremplin
1. Noter ses propres phrases-clés
Tenez un petit carnet ou utilisez une app pour noter les pensées récurrentes liées à votre consommation. Cela crée de la distance et de la clarté.
2. Réécrire les phrases en version lucide
Exemple :
“Je peux arrêter quand je veux” → “Je n’ai pas encore osé essayer vraiment.”
“Je fume pour dormir” → “J’ai du mal à m’endormir naturellement, et j’aimerais comprendre pourquoi.”
3. Remplacer la justification par une intention
“Je ne me juge pas. Mais je choisis de m’observer. Et d’essayer autre chose.”
En conclusion
Les auto-justifications du fumeur ne sont pas des faussetés. Ce sont des stratégies de survie intérieure, des boucliers émotionnels.
Mais elles peuvent aussi devenir des murs, empêchant l’évolution.
En les écoutant, en les questionnant doucement, on ouvre un dialogue intérieur plus honnête, plus fécond, plus libérateur.
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