Quand le calme commence par le corps
Un enfant agité, impulsif, débordé par ses émotions ou ses pensées n’a pas toujours besoin de mots.
Souvent, il a d’abord besoin de revenir à son corps, de sentir qu’il est là, contenu, vivant, en sécurité.
La régulation émotionnelle ne passe pas uniquement par le cerveau. Elle passe aussi — et surtout chez l’enfant — par le souffle, le mouvement, le contact, la posture, le rythme.
Cet article propose d’explorer comment le corps peut devenir un allié puissant dans la gestion de l’agitation infantile, et comment respiration, ancrage et mouvement aident l’enfant à se recentrer sans effort cognitif excessif.
Pourquoi le corps est un régulateur naturel
🧠 1. Le cerveau émotionnel est corporel
Chez l’enfant, le système limbique (émotions) communique directement avec les centres moteurs et sensoriels.
Avant de savoir expliquer ce qu’il ressent, l’enfant le vit dans son ventre, sa poitrine, sa respiration, sa tension musculaire.
En calmant le corps, on calme aussi le cerveau. C’est ce qu’on appelle la régulation bottom-up : partir du bas (sensations, muscles, souffle) pour apaiser le haut (pensées, émotions, comportements).
🌿 2. Le corps comme repère quand l’esprit s’emballe
Quand l’enfant est submergé (colère, peur, excitation), il perd ses repères internes. Il ne sait plus ce qu’il ressent, ni quoi faire.
Le contact avec le corps — une main posée sur le ventre, des pieds bien ancrés au sol, une respiration guidée — reconstruit un sentiment de sécurité intérieure.
🔁 3. Le mouvement pour décharger l’excès d’énergie
L’enfant n’a pas toujours besoin de “se calmer”. Il a besoin de bouger d’abord, puis de ralentir.
Certains enfants doivent évacuer par le mouvement avant de pouvoir intégrer, écouter, se recentrer.
Respiration, ancrage, mouvement : les piliers de la régulation corporelle
1. La respiration consciente
Respirer est naturel, mais apprendre à respirer en conscience, c’est transformer un acte réflexe en outil de régulation.
Pour les enfants :
- Souffler sur une bougie imaginaire
- Gonfler un ballon avec son ventre
- Inspirer lentement comme une fleur, expirer comme un lion
Ces jeux permettent de ralentir le rythme cardiaque, de relâcher les tensions et d’activer le nerf vague, qui apaise le système nerveux.
2. L’ancrage corporel
C’est la capacité à sentir ses appuis, à habiter son corps dans l’instant.
Quelques techniques simples :
- Sentir ses pieds dans le sol (“tu as des racines sous les pieds”)
- Appuyer les mains contre un mur
- S’asseoir en tailleur et poser les mains sur ses genoux
- Faire un “scan du corps” (où est-ce que ça picote, ça chauffe, ça pulse ?)
L’ancrage aide à ramener l’attention vers l’ici et maintenant, ce qui est essentiel quand l’enfant s’emballe.
3. Le mouvement rythmé et régulateur
Certains types de mouvements organisent le système nerveux :
- Balancements doux (d’avant en arrière)
- Marches rythmées (en frappant dans les mains)
- Danses lentes ou guidées
- Exercices croisés (toucher le genou opposé avec la main, etc.)
Ces mouvements créent une structure sensorimotrice qui diminue le chaos intérieur et favorise l’attention.
Témoignage fictif : Samir, 6 ans
“Samir était très agité en fin de journée. Il rentrait de l’école tendu, irritable. On a mis en place un rituel corporel simple : il choisit un coussin, s’assoit dessus, ferme les yeux, et souffle comme un dragon. Après trois minutes, il est différent. Il sourit. Il s’allonge parfois tout seul. C’est comme s’il retrouvait son centre.”
Comment intégrer ces outils dans le quotidien
À la maison :
- Créer un “coin corps calme” avec coussin, objets sensoriels, images de respiration
- Utiliser le corps pour les transitions (petit massage après le bain, étirement avant les devoirs)
- Proposer une “pause corps” après une émotion forte : respiration + étirement + contact
À l’école :
- Introduire une minute de respiration collective après la récréation
- Proposer des assises dynamiques pour les enfants qui ont besoin de bouger
- Utiliser des jeux moteurs pour marquer les transitions
En consultation ou en accompagnement spécialisé :
- Les psychomotriciens, ergothérapeutes et sophrologues pour enfants travaillent précisément sur ces compétences corporelles de régulation
- Les parents peuvent aussi apprendre ces techniques et les transmettre au quotidien
Ce qu’il faut éviter
- ❌ Forcer un enfant à se calmer immédiatement
- ❌ Imposer des techniques corporelles sans explication ni consentement
- ❌ Penser que “ça ne marche pas” si l’enfant bouge encore après une respiration
- ❌ Substituer le corps à la parole : les deux se complètent
Conclusion : Le corps, première maison du calme
Quand on demande à un enfant de se calmer sans lui donner les outils pour le faire, c’est comme si on lui demandait de construire une maison sans plan ni matériaux.
La respiration, l’ancrage, le mouvement doux sont les fondations de cette maison intérieure.
En les intégrant dès l’enfance, on offre à l’enfant la possibilité de se retrouver, de se réparer, et de construire en lui un espace de stabilité.
Parce que parfois, il suffit de revenir à son souffle pour retrouver le chemin de soi.
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